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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 17:47

Au début, un animal court, pour échapper à ses chasseurs. Ils tirent des coups de fusil, mais ce n'est manifestement pas un fusil de chasse... Puis on voit un amoncellement de statues: des oeuvres d'art, Africaines, qui pré-datent l'Islam, sont "exécutées"... Absurde, mais aussi inquiétant: on sait que généralement, les barbares qui se réclament de l'état Islamique ne se contentent pas de tuer les statues. Le but d'Abderrahmane Sissako, clairement, est journalistique: rendre compte le plus fidèlement possible d'un état des lieux de l'Afrique Saharienne en proie au djihadisme. Il filme les apparences de la vérité, et se refuse à toute esbroufe cinématographique. Quant à l'esthétique, le cadre du film étant le sud-ouest de la Mauritanie, la beauté y est naturelle... Mais polluée.

Le titre n'avait à l'origine rien d'absurde ou poétique, le film devait être tourné à Tombouctou, mais la présence des Salafistes d'AQMI, venus s'installer dans la région à la suite d'une rébellion touareg, a rendu la chose impossible. Pour autant, Sissako a réussi à voler quelques plans en 2014, peu de temps avant la présentation de son film fini à Cannes. Le tournage de la majeure partie du film a donc eu lieu en Mauritanie, dans la petite localité de Oualata. Ce côté presque rural ajoute à l'absurdité ambiante, dans un film qui souvent prend des airs de comédie... Mais c'est loin d'en être une.

Les Djihadistes, venus d'un peu partout, s'installent dans le village et commencent à "éduquer" la population, en interdisant tout, forçant les femmes à se couvrir en permanence; des hommes avec des mégaphones rappellent les précisions essentielles de la vie de tous les jours: pas de musique, pas de jeu, pas de tabac ni d'alcool, et... si les femmes se rendent au marché, elles devront porter des chaussettes. Une poissonnière s'insurge: on veut qu'elle porte des gants. Comment veut-on qu'elle puisse s'occuper de ses poissons si elle porte des gants? un imam, choqué de voir des djihadistes s'introduire dans un lieu de prière, commence à dialoguer, et rappelle les vrais fondements du Coran: l'importance du dialogue avant d'imposer quoi que ce soit. Au début, il juge sévèrement ces hommes sans la moindre politesse ni le moindre respect qui s'introduisent ou bon leur semble, au nom d'une version de l'Islam dans laquelle le vieux sage ne reconnaît pas sa religion. Les soldats de Dieu, eux-mêmes, sont un ramassis hétéroclite, des Lybiens, des Mauritaniens, des Français. Parmi eux, certains parlent même football en Français! Et tout ce joli monde parle au moins cinq langues différentes; certains actes de loi auront du mal à passer, parce qu'il faut parfois jusqu'à deux interprètes afin de faire passer les messages...

On suit l'un d'entre eux, Abdelkrim (Abel Jafri), qui convoite une belle nomade, qui vit à l'écart... mais elle est mariée. Abdelkrim, avec sa timidité et son fusil sur l'épaule, apprend à conduire une camionnette Toyota... Il est toujours flanqué d'un interprète, qui lui parle un peu en Arabe, un peu en Français, et qui lui dit gentiment: "tout le monde sait que tu fumes...".

Les habitants questionnent, pestent, essaient de comprendre... Certains, même rigolent: la résistance est douce... Mais le Djihad, lui ne l'est pas: avant longtemps, les amants seront lapidés, les musiciens punis de coups de fouet, un homme qui a tué dans un geste de colère un voisin qui a abattu sa vache, va devoir passer par la sacralisation de son exécution... et les coups de Kalachnikov, relativement peu présents dans le film, se font entendre un grand nombre de fois dans la dernière séquence. Et cette fois, ce n'est plus un animal sauvage qui court pour échapper à son destin, mais des hommes, des femmes et des enfants. Ce n'est que le début...

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Published by François Massarelli - dans Abderrahmane Sissako