Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 08:26

Enid et Rebecca sont deux adolescentes de 18 ans auxquelles quelque chose de pas vraiment exceptionnel vient d'arriver: elles ont fini le lycée, et vont donc maintenant affronter la suite. Ensemble, pensent-elles... Elles ont pourtant des idées radicalement différentes sur la marche à suivre et probablement ses finalités: Rebecca (Scarlet Johansson), qui vit chez sa grand-mère, entend bien travailler durant l'été, puis trouver un appartement à partager avec celle qui est sa meilleure (et seule) amie depuis l'enfance. Mais Enid (Thora Birch), qui vit avec son père (Bob Balaban) va devoir passer un été plein d'imprévus (notamment le fait que son diplôme de fin de lycée est soumis à une condition: elle doit suivre des cours d'arts plastiques), si possible trouver un travail, et si possible trouver un destin autre que ce qui est pour l'instant son désir d'avenirle plus cohérent: attraper un bus pour nulle part et disparaître. Mais les deux filles, qui traînent généralement ensemble pour faire des trucs idiots, vont un jour faire une rencontre déterminante, du moins pour Enid: un adulte, un minable globalement, qui collectionne les 78 tours de blues et se sent totalement déplacé dans le monde moderne. Pour Enid, Seymour (Steve Buscemi) est tout d'abord le couillon parfait, une victime qui lui tombe toute cuite dans les mains. Puis il devient un objet d'études, avant de devenir une sorte de mentor...

Le film commence par un générique très inattendu: alors que la caméra effectue un panoramique sur des appartements, au rez-de-chaussée d'un ensemble de type HLM, des inserts d'un numéro musical tiré d'un film de Bollywood viennent nous perturber. C'est Enid, qui habite l'un de ces appartements, qui est en plein visionnage (Avec chorégraphie à la clé) d'un film. C'est la seule fois qu'on la verra aussi exubérante, car le style de jeu pratiqué par les deux actrices principales est plutôt minimaliste. Elles ont toutes les deux composé des personnages d'ados mal à l'aise, qui ont fini par ne plus se soucier de leur malaise en le portant comme un vêtement. Thora Birch, en particulier, joue de son physique ici avec un certain courage, puisque les vêtements d'Enid tendent à en souligner ce qui, du point de vue d'une Américaine de 18 ans en 2001, est une somme d'imperfections, dont elle ne sait absolument pas quoi faire... Et leur comportement est à l'unisson de cette tendance. Les deux filles sont des sociopathes qui se sont bâti une tour d'ivoire faite de mépris à l'égard de tout ce qui est à leurs yeux pires qu'elles... Et la liste est longue. 

Du coup, la rencontre avec Seymour, l'obsédé de blues, totalement décalé dans le monde contemporain, et que personne ne comprend (Quand il dit à une femme qu'il est un fan de Laurel et Hardy, elle le regarde perplexe, et la seule chose qu'elle puisse trouver à lui dire, c'est "je n'ai jamais compris pourquoi le gros est si méchant avec le petit"!!), va tourner à une expérience salutaire pour Enid... Plus ou moins, en tout cas cela va agir comme un révélateur. D'ailleurs il serait faux de dire que les deux filles sont pareilles, ou qu'elles ne sont pas changées par ces deux mois. La transformation va être profonde...

Ghost Word est adapté d'une bande dessinée, du même nom, par Daniel Clowes, et l'auteur a participé au scénario avec Terry Zwigoff. Et ça se voit, non seulement dans la froideur calculée du jeu des deux actrices (remarquez, Thora Birch, dans American Beauty de Sam Mendes, ce n'était pas un modèle de chaleur non plus!), mais aussi dans le cadrage du film. Chaque plan est composé comme une case de BD, sans avoir besoin de passer par d'autres artifices: on reste malgré tout dans le cadre du cinéma. Et Zwigoff évite les pièges et les écueils du cinéma dit "indépendant". C'est son premir long métrage de fiction, il avait auparavant sorti un documentaire sur son ami le dessinateur Robert Crumb, et non seulement ce dernier a participé au projet (On retrouve quelques-uns de ses dessins ça et là, présentés comme ceux d'Enid), mais des allusions au rapport entre Crumb et Zwigoff sont disséminés un peu partout: l'obsession de Seymour pour le blues et sa collection de 78 tours, bien sur. Son incompréhension du monde moderne, mais aussi son physique renvoient à Crumb... et à Zwigoff, lui aussi musicien du dimanche dans des ensembles de jazz des années 20, et d'ailleurs Thora Birch et Buscemi parlent à un moment d'un album de jazz qui nous est brièvement montré: Crumb et Zwigoff jouent dessus!

Et la morale dans tout ça? Vous la trouverez, ou pas, suivant votre degré d'adhésion à un film-ovni, qui a le bon goût d'être rigoureux et plein de moments intrigants qui ne demandent qu'à devenir hilarants à la deuxième ou troisième vision. Une expérience filmique qui cache une certaine tendresse ô combien triste pour ses deux personnages derrière une pudeur en forme de mépris. Un Juno, mais pour adultes, quoi.

Partager cet article

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Comédie