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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 11:07

C'est sans doute avec ce film que les choses vraiment sérieuses commencent pour Germaine Dulac... Elle qui a expérimenté avec les formes établies du drame bourgeois (Voir La fête Espagnole ou La cigarette), rêvait de s'affranchir de l'intrigue pour placer l'intérêt sur la transcription visuelle des émotions et des impressions, et c'est ce film qui va lui permettre de faire exactement ce qu'elle souhaitait.

L'histoire proprement dite est un petit argument qui semble par bien des aspects être un pendant "réaliste" de l'intrigue de La cigarette: une femme, mariée à un homme plus âgé et qui la néglige, se prend à rêver de mieux. Ces rêves viennent comme en écho à l'imagination  débordante du mari du film précédent, qui se voyait cocu parce qu'il réalisait que son épouse était trop jeune pour lui. Pourtant elle lui restait fidèle du début à la fin du film! En revanche, si Madame Beudet (Germaine Dermoz) avait pu, elle ne se serait pas privée! Et son mari (Alexandre Arquillère) ne se serait probablement pas aperçu du moindre problème.

Germaine Dulac choisit de privilégier le point de vue de l'épouse, souvent délaissée pendant que son mari travaille ou sort. Cette solitude n'est pas forcée: Madame Beudet n'a pas très envie, manifestement, de s'afficher avec son mari... surtout quand pour faire rire ses amis, il joue la comédie du suicide en public! Mais dès qu'il est absent, elle l'imagine remplacé par d'autres: Dulac utilise, lors d'une scène assez drôle, la surimpression d'un tennisman qui entre dans l'appartement du couple, et débarrasse Madame Beudet de son mari! Mais la rêverie débouche souvent sur l'impasse, car l'épouse lasse est bien obligée d'admettre que le seul qui franchira le seuil pour la rejoindre sera toujours M. Beudet.

On l'aura compris: si le film est essentiellement une étude psychologique en surface, il n'en reste pas moins que ce dont il est question ici c'est d'amour physique et de frustration, celle de ne pas pouvoir se laisser aller à la passion...

Afin de terminer son arc narratif, Dulac choisit de nous montrer une réconciliation en demi-teintes: Beudet comprend que son épouse est tellement déprimée qu'elle menace de se supprimer, et il lui fait comprendre qu'il ne peut pas vivre sans elle...

Ce qui clôt en effet l'intrigue sur une note positive. Ce qui en revanche n'empêche pas Dulac de nous montrer à la fin du film le couple marchant côte à côte dans la rue, à une certaine distance l'un de l'autre. Un intertitre dévastateur assène le coup final, nous expliquant qu'ils sont unis 'par l'habitude'...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Germaine Dulac