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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 17:17

Le film se passe dans un futur indéterminé; le Dr Chris Kelvin (George Clooney), un psychologue, survit au suicide de son épouse. Il reçoit un appel à l'aide émanant d'une station, en orbite autour de la planète (Ou du phénomène) Solaris. Son ami, le commandant Gibarian lui prie instamment de venir se rendre compte des problèmes par lui-même, et ajoute mystérieusement que Kelvin y trouvera aussi son compte. Mais quand il arrive, Gibarian (Ulrich Tukur) est décédé: il s'est suicidé. Ne restent que Snow (Jeremy Davies), un informaticien manifestement secoué, et Gordon (Viola Davis), le médecin de la station: celle-ci s'est barricadée dans sa chambre... Pendant la nuit, Kelvin a une "visite", celle de Rheya (Natascha McElhone), son épouse décédée: elle est bien réelle... Kelvin comprend que le problème qui a emporté son ami Gibarian est lié à un phénomène d'apparition de copies d'êtres humains liées affectivement aux résidents de la station...

Produit par James Cameron, ce film a essuyé beaucoup de critiques, étant le remake d'un autre Solaris, celui de Andreï Tarkovski. Mais le scénario de Soderbergh s'est directement inspiré du roman de Stanislaw Lem, sans trop aller du côté du film, avec lequel les différences sont nombreuses. Pour commencer, Soderbergh (qui est plus que jamais l'auteur complet du film, en ayant rédigé le script, tourné avec la double casquette de chef opérateur et réalisateur, et par dessus le marché effectué le montage!) a délibérément resserré l'intrigue à 98 mn par opposition à Tarkovski qui avait étiré son Solaris sur 3 heures... Et là ou Tarkovski laissait aller son inspiration vers une sorte de SF bucolique, Soderbergh choisit de retourner l'intrigue vers les codes graphiques de la science-fiction spatiale: vaisseau, modules, oxygène, les codes sont tous là. 

Pour moi, le film est finalement plus sous l'inspiration de Kubrick et Resnais, que de Tarkovski, achevant de détacher ce film de l'influence de la première version. Le rythme volontairement très lent du film (Réminiscence de la SF "adulte" de 2001), et sa chronologie inattendue, ses chevauchements de périodes (en particulier au début du film, qui renvoie à l'expérience de Resnais sur son film de 1968 Je t'aime je t'aime, dans lequel il a délibérément découpé son intrigue en petits bouts de moins d'une minute), sont particulièrement déroutants: ils ont d'ailleurs poussé une bonne partie du public à rester chez eux.

Et ils ont bien tort: ce film se mérite, certes, mais il est une réflexion riche, et jamais close, sur l'humain: la culpabilité d'un homme face à sa responsabilité dans la décision de son épouse de se tuer, le regret d'un homme d'avoir abandonné sa famille pour une carrière qui prend toute la place, et des problèmes non-résolus quant à un rapport fraternel qui est parti en eau de boudin: les humains de la station ont tous une "entité" qui est venue à eux de leur psyché, de leurs rêves, de leurs regrets.

Les "entités", c'est entendu, ne sont pas humaines, mais elle sont réelles... Et se pose la question aussi de la responsabilité de ceux qui les reçoivent face à ces apparitions: Kelvin incrédule fait fuir la sienne, avant de succomber au bonheur que lui procure le "retour" de Rheya... Tout en reconnaissant d'un point de vue scientifique qu'elle ne peut rien avoir d'humain. Gordon, quant à elle, a une vision plus dramatique: elle pense que la seule façon de faire triompher l'humanité est de détruire ces "entités". Quant à Snow, on apprend qu'il a reçu son frère décédé, et que... celui-ci l'a tué: car l'informaticien n'est que son reflet. Jeremy Davies, au passage, est sans doute la grande révélation de ce film, avec son interprétation en mode bi-polaire, lancé en permanence dans une conversation avec lui-même.

Mais au fur et à mesure de l'intrigue, la station se rapproche inlassablement de Solaris, précipitant manifestement d'autres décrochages de chronologie, dans un développement excitant par son côté énigmatique. Et au final, on quitte ce film avec plusieurs questions, plusieurs possibilités: et si Solaris était une divinité? Si c'était la mort? Kelvin, lui ne se pose plus la question, car d'une certaine manière il y a trouvé ce qu'il ne savait même pas qu'il cherchait.

De par son ouverture permanente, et l'ensemble des éléments qui peuvent stimuler l'esprit, ce film est une vraie merveille, l'un des meilleurs films de Soderbergh en tout cas, et une sacrée cause perdue! 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh