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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 10:13

A la fois inspiré par Intolerance et ses quatre histoires, et par l'actualité récente, Dreyer réalise après Le Président une oeuvre fleuve en 157 minutes. Chacune des intrigues du film, qui se succèdent en bon ordre plutôt que d'adopter le mélange à la Griffith, concerne une occasion pour Satan de tenter l'homme, à l'initiation de Dieu lui-même. C'est donc avec répulsion que Satan tente avec succès Judas pour qu'il livre le Christ; puis il pousse un prêtre amoureux, durant l'inquisition, à dénoncer la femme dont il est épris; durant la Révolution Française, il se glisse entre une famille noble qui souhaite sauver Marie-Antoinette de la mort, et le tribunal révolutionnaire, en tentant un domestique dévoué à la comtesse de Chambord; enfin, la dernière histoire est située en 1918: durant la tentative des Soviétique de propager la révolution en Finlande, Satan tente de subvertir des paysans Finlandais afin qu'ils trahissent...

A chaque fois, c'est avec réticence que Satan (Helge Nissen) entend Dieu lui intimer l'ordre de "continuer son oeuvre maléfique". Car à chaque fois que l'ange déchu réussit son travail imposé de tentation, sa punition se prolonge. S'il échoue, il est épargné de 1000 années de disgrâce...

Les choix de Dreyer sont à la fois universels (Mais d'une façon très naïve, on le verra après!), et teintés d'une certaine vision politique conservatrice: les deux gros morceaux du film restent bien sur l'épisode Français, qui occupe quasiment une heure à lui seul, et l'épisode Finlandais qui  beaucoup motivé le réalisateur: il y expérimente le drame en décor naturel et boisé, une tendance qu'il affectionne particulièrement sur ses films muets à venir... Ces deux épisodes sont vraiment marqués d'un parti-pris anti-révolutionnaire qui, dans l'épisode Français, fait presque penser aux égarements de Griffith dans ses intertitres de Orphans of the storm, qui compare Robespierre et les Bochéviks! C'est justement ce qui vaudra au réalisateur de vives critiques de la gauche Danoise ...et européenne: un critique comme Sadoul se méfiera toute sa vie du réalisateur, par principe. Mais bon, on ne peut pas lui en vouloir; il était Stalinien. 

Quant à la thématique religieuse, elle a attiré, à l'inverse, sur le réalisateur, les foudres de la droite Protestante qui l'accusait de blasphème. Il est vrai que le principal thème du film est celui du libre-arbitre, et le fait que le mal est inéluctablement en chacun, avant d'être inspiré par le diable. Le diable ici ne fait que le sale boulot imposé par Dieu. Une scène de l'épisode Français est très frappante dans ce qui est autrement un peu trop mécanique (Exposition d'une époque, rôle de Satan, tentation, désastre, puis on passe à l'histoire suivante): alors que sa stratégie a réussi au-delà de toute espérance, Satan pour une fois se présente sous son vrai jour à celui dont il a mené la tentation, et lui passe un savon monumental, en lui disant qu'il mérite effectivement la damnation éternelle! Nul doute que Lang, au moment de réaliser l'année suivante sa "mort lasse" (Der müde Tod), se souviendra de ce Satan paradoxal.

Pour le rigoriste Dreyer, le film s'avère un intéressant champ d'expérimentation... Il soigne ses décors, choisit ses acteurs, et impose un jeu tout en retenue. Je regrette une tendance à exagérer la lenteur qui vire à la pesanteur parfois: cette impression que tout ceci est trop sérieux pour que l'action s'emballe... Mais maquillage, costumes, décors sont si soignés qu'on est face à un film d'une immense beauté; raté, bancal, répétitif oui, mais fascinant dans sa rigueur.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Carl Theodor Dreyer