Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 08:45

Avec le succès phénoménal du premier film, il était inévitable qu'une suite fasse son apparition. Contrairement à la loi du genre, qui généralement voue les suites à répéter inutilement les mérites d'un premier film, ou à n'en être qu'un pâle reflet, ici, le deuxième film est un joyau, qui complète, précise le premier, et... triomphe d'un écueil particulièrement important: toute la lente construction du film de Woody Van Dyke pour amener le spectateur vers Tarzan (Johnny Weissmuller) et son univers, en environ trente minutes d'un suspense parfaitement maîtrisé, est ici remplacée par des digressions savantes...

Tout commence pourtant exactement de la même façon: la base de feu James Parker, ce trading post où le père de Jane (Maureen O'Sullivan) effectuait des échanges avec les tribus indigènes, est à nouveau le théâtre de la préparation d'une expédition vers le cimetière des éléphants, menée cette fois par Harry (Neil Hamilton), l'ami des Paker qui a survécu à la première aventure, et avait promis à Jane et Tarzan de revenir... Il souhaite bien sur récupérer de l'ivoire, mais aussi ramener la jeune femme dont il est amoureux. Et il va falloir faire vite, car une autre expédition qui elle aussi convoite l'ivoire est déjà en partance... Cette fois, Harry est accompagné de guerriers indigènes, et flanqué de Martin (Paul Cavanagh), un ami Londonien, un aventurier de la pire espèce qui ne reculera devant aucune bassesse pour mettre la main sur l'ivoire... ou Jane, d'ailleurs. Quand je dis que "tout commence exactement de la même façon" c'est à prendre littéralement: le premier plan des deux films est le même, celui de porteurs avançant, des défenses gigantesques sur l'épaule. Car si Tarzan and his mate repose énormément sur la présence de stock-shots ramenés par Van Dyke de son tournage en Afrique pour Trader Horn, les réserves commencent à s'épuiser, et ce film recyclera pas mal d'images déjà vues...

Après, ma foi, l'histoire ne passera pas par des stades très révolutionnaires: Harry et Martin vont donc se mettre en danger dans la jungle en cherchant à atteindre la célèbre passe Mutia, qui est tabou, être sauvés par Tarzan, revoir Jane, essayer de la persuader de revenir en lui donnant des échantillons de ce qu'elle n'a plus (Robes, parfums, bas de soie, phonographe); puis ils vont se mettre en quête de l'ivoire, pendant que Martin va attenter à la vie de Tarzan afin de pousser Jane à les suivre... Tout ça finira dans une lutte sanglante contre une tribu de sadiques, avec des lions et des éléphants partout... La routine. 

Pourtant je le disais plus haut, ce film prolonge et complète le premier film de manière très efficace: d'une part, il précise avec le personnage d'Harry, beaucoup plus humaniste que son copain Martin, que le colonialisme invétéré de ces Britanniques à sang plus ou moins froid, peut être tempéré: Harry ne considère pas ses porteurs et autres collaborateurs noirs comme des commodités, et c'est souvent souligné... D'autre part, le film éclaire d'un jour nouveau ce qui était en filigrane du premier film: la relation totalement sexuée, librement assumée, de Jane et de Tarzan, dont on ne fait pas mystère ici. Et du coup, ce film qui arrive à la toute fin de la période pré-code, porte en lui une franchise tel, qu'il ne passera jamais, sous la forme qu'on connait aujourd'hui, les portes de la salle de montage! Quiconque a vu e film saura de quoi il retourne: trois scènes enchaînées, qui font monter la température d'une façon inédite... D'abord, après les retrouvailles avec Jane, les deux explorateurs la tentent avec des robes, l'occasion pour Jane de se changer, et d'offrir un strip-tease en ombres chinoises, d'une rare efficacité. Puis, l'arrivée de Tarzan troublé qui n'a jamais vu Jane en robe du soir, se conclut lorsqu'il attrape Jane et l'emporte précipitamment dans leur habitation. Nous les retrouvons les lendemain, Jane n'a plus la robe, et tout porte à croire que la nuit a été torride. La conversation est claire aussi: Tarzan dit bonjour dans un anglais très hésitant à celle qu'il appelle sa femme. Puis, comme chacun le sait sans doute, les deux amoureux vont prendre un bain long et sensuel, pour lequel Maureen O'Sullivan est doublée par la championne de natation Josephine McKim; cette séquence a été l'objet d'une planification particulière, puisque trois versions ont été tournées: celle qu'on peut voir, une version en bikini de la jungle, et une version "topless"... 

Autre point sur lequel Tarzan and his mate symbolise à lui tout seul cette période d'audaces et d'attaques frontales de la pudibonderie et de la censure, le sadisme profond dont les scénaristes ont fait preuve dans la peinture des rapports compliqués entre l'expédition de Harry et Martin, et les indigènes locaux: on fait la connaissance des Gabonis, cette peuplade fictive qui massacre, puis mange ses victimes, amenés dans une scène à la montée de tension particulièrement forte. A la fin, une autre tribu de fêlés s'amuse à supplicier ses victimes en les donnant à bouffer aux lions... Bon, on ne va pas se mentir, c'est toute une galerie de fantasmes délirants sur l'Afrique qui passe dans ces scènes ridicules... Mais aussi indissociables de ces films! D'ailleurs, les Gabonis reviendront, devenus la tribu sauvage "générique" des Tarzan MGM... Ces images naïves, témoins d'une époque révolue à laquelle on parlait encore de "races", ont fini paradoxalement par symboliser, dans l'esprit du spectateur en mal de frisson, l'esprit même de l'aventure, avec ses dangers et ses peurs primales... Tant d'écueils dont Tarzan, entre tous, ne peut que triompher.

La structure du film, qui est le plus long des six, est dominée par la première heure, celle qui comporte toutes les audaces sensuelles. Le reste est surtout l'occasion de mener à son terme le mythe du cimetière des éléphants, et de montrer comment une fois de plus, Tarzan et sa compagne deviendront une bonne fois pour toutes, seuls au monde, et à mon avis très fiers de l'être. Tout cela repose sur une intrigue assez bien menée, mais aussi sur une tendance à répéter les scènes de mise en danger de Jane. Et à ce titre, il faudra quand même qu'on s'y intéresse: franchement, moi qui n'ai jamais été un grand fan du cri de Tarzan-Weissmuller, je suis effondré à chaque fois que j'entends la version féminine, qui est l'une des pires fautes de goût des années 30! 

Pour le reste, terminons sur une énigme: qui a mis en scène ce film, par ailleurs fort bien mené? Le crédit original et officiel est celui de Cedric Gibbons, dont c'est d'ailleurs l'unique film . Le décorateur en chef de la MGM (Qui était en réalité en charge du département décoration, pas forcément décorateur. Son titre lui garantissait un crédit, quoi qu'il fasse: du golf, du macramé, ou... de la déco.) a été placé là afin de gérer ce qui était un travail de patchwork et d'effets spéciaux. Des historiens ont affirmé que l'idée du bain avait été inspirée du visionnage nerveux du film Bird of Paradise de King Vidor, par Gibbons dont l'épouse d'alors Dolores Del Rio batifolait dans les mers du sud en compagnie de Joel mcCrea, seulement armée d'un tout petit, petit string... D'autres équipes complétaient son travail, en particulier celle, nous dit-on, de Jack Conway, ce qui fait qu'aujourd'hui le film est crédité officiellement (Mais pas sur les copies) à Gibbons et Conway. Et pour couronner le tout, Maureen O'Sullivan a toujours affirmé qu'elle a plus vu le réalisateur des séquences d'animaux, James MCKay, sur ce tournage et le suivant (Soit Tarzan Escapes, un film au tournage encore plus compliqué, officiellement crédité à Richard Thorpe!), que Gibbons et Conway! Bref, un tournage complexe, qui débouche sur un morcellement des équipes. On a souvent vu ça à la MGM, mais le résultat a rarement été aussi bon. Au vu d ela complexité du tournage, Tarzan and his mate est un miracle.

Et en plus, il est distrayant: une fois accepté l'idée qu'après a première heure, on perd un peu en efficacité avec les tribulations exaspérantes et répétitives de Cheetah, on passe quand même du bon temps, dans le délire sadique des séquences finales, et dans l'apothéose de destruction menée par les éléphants: personne n'en réchappera! Sauf Tarzan et Jane, bien sur.

Bref: plaisir coupable, rêverie kitsch, nostalgie de l'enfance ou réflexion naïve mais bien menée sur l'état de nature, on trouvera son compte dans ce film, qui mérite bien sa place au sommet du cycle de six films de Tarzan tournés à la MGM!

 

Partager cet article

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Pre-code