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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 16:32

En 1950, on n'est encore jamais allé très loin en matière de science-fiction. La quasi-totalité des films du genre, si j'excepte les rares incursions européennes (Metropolis, Aelita, Die frau im Mond, Things to come) sont des serials fort peu glorieux. L'idée pourtant de passer le monde contemporain à la moulinette métaphorique est dans l'air: d'une part, la science-fiction vraiment démarre à cette période, et des films importants vont voir le jour, mais il y a aussi des essais plus ambitieux, et disons plus étranges, comme The next voice you hear, de William Wellman.

The day the earth stood still est à la croisée de ces chemins, étant d'une part le premier des grands films de science-fiction classique, et le premier film donc dans lequel la terre se prépare à recevoir une visite extra-terrestre; d'autre part, il est clairement un commentaire inquiet et métaphorique sur la situation du monde en 1950-1951: le retour des conflits "physiques" avec l'intervention en Corée, la montée de l'anti-communisme, la méfiance à l'égard des "autres"... Autant de sujets qui sont développés dans des éditoriaux en 1951... Et comme la Fox puisait plus d'un sujet de film dans les titres de journaux, ce film ne va pas faire autre chose.

On ne perd pas de temps, en cinq minutes, le film expose sans attendre le problème: un vaisseau extra-terrestre arrive à Washington, se pose, et un être mystérieux (Michael Rennie) en sort... La foule et l'armée, massées à attendre dans l'angoisse, sont prêts les uns à paniquer, les autres à tirer au moindre geste. Ce que fera un soldat qui aura mal interprété un mouvement de "l'homme de l'espace", accompagné de son immense robot métallique, Gort. Klaatu, l'extra-terrestre aux manières aimables, est amené à l'hôpital, où on l'observe sous toutes les coutures, pendant qu'il se remet de sa blessure en un clin d'oeil. Il s'avère qu'il est l'émissaire d'une civilisation "voisine" mais très avancée, et qu'il vient dans le but de parler à la terre entière. Mais les terriens s'avérant incapables de s'entendre sur le lieu où entrer en contact avec l'étranger, celui décide de leur fausser compagnie, et de mener sa mission malgré les humains. Et pour commencer, il s'installe sous une fausse identité dans une petite pension de famille, le meilleur moyen pour lui d'observer l'homme de la rue d'une part, mais aussi de se lier avec des terriens, en particulier la jeune veuve Helen Benson (Patricia Neal) et son fils Bobby...

Pendant ce temps, la presse, le public et les autorités des Etats-Unis, murés dans une incompréhension parfaitement idéologique, cherchent "l'homme de Mars", qu'ils soupçonnent de faire un mauvais coup: pensez, il s'est infiltré dans la société...

Ce film est remarquable, en tous points: d'une part, Robert Wise ne rate aucune scène, contourne tous les écueils, et profite d'un superbe script de Edmund North pour inventer le film noir de Science Fiction! La photo de Leo Tover est constamment dans la plus pure tradition des films noirs de la Fox, qui faisaient de l'or avec des bouts de ficelles. La musique de Bernard Herrmann est un autre atout du film: étrange, électronique, mais surtout parfaitement répartie, la musique est souvent là où on ne l'attend pas, et sert constamment le propos du film, qui rappelons-le ne tarde pas à adopter le point de vue de l'alien...

Et dans ce film qui montre comment un intrus avec de relativement bonnes intentions (Klaatu) vient, après tout, pour dire aux terriens que s'ils s'arrêtent de mettre l'univers en danger avec leur escalade de guerres, ils seront des amis des autres civilisations avancées) est systématiquement traité comme un danger par des Américains totalement paranoïaques. La chasse aux sorcières a déjà commencé, et elle est là sous nos yeux, qui s'étale au grand jour: dans la pension de famille, l'extra-terrestre entend une dame bien comme il faut commenter l'actualité en disant qu'à son avis, ce "martien" que tout le monde cherche vient en fait de notre terre, puis lance un oeil qui dit clairement "suivez mon regard"... Surtout tous les Américains, confrontés à un être infiniment supérieur, ne peuvent pas, ne veulent pas voir le monde différemment, et vont essayer de le faire entrer dans leurs schémas...

Oui, le film a la dent dure, mais il a aussi la métaphore hardie: au-delà de l'intrigue de science-fiction (qui permet d'ailleurs de splendides moments de suspense et d'angoisse, avec des effets spéciaux qui feront date), le script franchit aussi d'autres portes sans hésitation. Ainsi, le nom d'emprunt choisi par Klaatu au moment de se cacher dans la pension de famille, sera par le plus grand des hasards Carpenter, soit "charpentier"... Une façon d'avancer l'idée que si un être débarquait, en cette époque de l'atome et de la Guerre de Corée, dans un pays aussi religieux que les Etats-Unis, en rappelant qu'il est le dépositaire d'une autorité supérieure, et se présentait comme Jésus, il est fort probable qu'il se ferait tirer dessus... 

Remarquez, aujourd'hui aussi. Et jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Les films du genre qui vont venir rentreront dans le rang, en prônant de "regarder le ciel", et de croire que l'invasion extérieure, qu'elle soit physique ou intellectuelle, ne peut qu'être inamicale! Ce qui fait de ce film un exemplaire presque unique. Et même sans cette charge métaphorique qui est subtilement appliquée, le film est un classique unique: les pieds fermement sur terre avec cette intrigue noire et à suspense, et la tête carrément dans les étoiles avec cette intrigue métaphorique inédite à l'époque, et dont la descendance force le respect... Et enfin, définitivement unique avec ses sons venus d'ailleurs!

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction