Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 10:56

Ce film fort distrayant est à cheval, dans la carrière d'Eastwood, entre ses films majeurs et ses petits films à faire bouillir la marmite. Il penche sans doute du côté le plus mineur, mais à cause de, ou grâce à son sujet, il est parfois considéré un peu à part. Ce qui ne m'empêche pas d'enfoncer une fois de plus le clou: ce film n'est en rien un plaidoyer contre la peine de mort. Il nous raconte une histoire dans laquelle un innocent condamné à mort va être exécuté, et même le plus à droite des partisans farouches de cette incompréhensible sale manie de tuer les gens avec l'autorisation judiciaire et gouvernementale aura toujours des réserves devant le fait que ce dispositif d'assassinat légal puisse être utilisé sciemment contre des gens innocents des crimes pour lesquels ils son supposés payer... Par contre, True crime s'intéresse à la peine de mort à travers son déroulement, les gens qui y travaillent, et le traitement médiatique qui en est fait...

Donc, première strate du film, on y raconte le dernier jour de Frank Beechum (Isaiah Washington), un brave type qui ne demandait rien à personne, et a été accusé d'un meurtre particulièrement sordide. Les preuves contre lui ne valent pas grand chose, mais on n'avait pas grand chose de plus, et aucune autre option. Deux témoignages lui ont été fatals. On assiste donc à ses préparatifs, à ses choix de dernière heure (Le repas final, par exemple). Du début à la fin, le personnage manifeste une évidente dignité, et surtout rappelle qu'il est innocent.

Parallèlement, le film nous montre une deuxième couche, faite d'une description minutieuse du métier des gens qui travaillent à l'exécution. Cette portion du film est volontiers (légèrement) forcée, franchement caricaturale. Mais elle contient des éléments quasi documentaires qui lui donnent un grand intérêt.

La troisième couche du film concerne la partie journalistique: Steve Everett (Clint Eastwood) est le journaliste désigné en dernière minute pour couvrir l'événement, la journaliste assignée à la base ayant trouvé la mort dans un accident la veille de l'exécution. Et Steve Everett est un vieux de la vieille, qui sent tout de suite qu'il y a dans l'affaire de quoi se poser des questions. Si vous voulez mon avis, d'ailleurs, un enfant de huit ans s'en serait posé aussi, et il y a fort à parier que même au plus profonde du Texas, cette affaire n'aurait jamais mené un jury à aboutir à la conclusion que Beechum était coupable. mais la véracité de l'affaire n'est pas le propos... Et Eastwood s'intéresse justement au côté fâcheux d'une justice à plusieurs vitesses (Raciales comme sociales) qui débouche sur des erreurs judiciaires. Si le film, comme Eastwood lui-même, n'est pas contre la peine de mort a priori, il tend à vouloir démontrer qu'elle contredit sérieusement son souci d'efficacité...

Enfin, et je pense que c'est le meilleur aspect du film, Eastwood évite la pesanteur du pensum en interprétant son journaliste comme un coureur invétéré, alcoolique faussement repenti, éternel râleur, qui perd tout (son boulot, sa femme, sa fille, l'estime de tout un chacun) parce que sa cause lui prend tout. Et ses confrontations avec un patron au verbe virtuose (James Woods), sont du plus haut comique, achevant de renvoyer ce film au modèle revendiqué par Eastwood: Howard Hawks, qui lui aussi aurait probablement pu prendre la même option s'il avait voulu faire un tel film: le travail et la presse, avec une forte dose d'humour comportemental. Ce qui, avouons-le, est un peu ce qu'il a fait dans His girl friday.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood