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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 17:15

Il ne reste sans doute pas grand chose des oeuvres de Harry O. Hoyt, un réalisateur fécond, et qui est resté actif de 1916 à 1951. Et je serais assez étonné qu'il y ait beaucoup de monde qui s'en émeuve... Cela dit, il est au moins crédité de façon avantageuse au générique d'un film majeur, un seul, mais de taille. Pourtant The lost world, adaptation coûteuse et enthousiaste d'un roman connu de Arthur Conan Doyle, et dont la production a demandé trois années de travail, est généralement reconnue surtout pour être la première oeuvre importante qui a mis en valeur le talent de Willis O'Brien pour l'animation "stop-motion"...

Le professeur Challenger (Wallace Beery) souhaite financer une expédition en Amérique du Sud afin d'y retrouver l'explorateur Maple White: celui-ci, avant de disparaître en pleine jungle, a eu le temps de consigner sur un carnet sa découverte: il a vu, sur un haut plateau d'un endroit très reculé, des dinosaures qui ont échappé à l'extinction... Son carnet, retrouvé par des membres de son expédition, a été ramené à Londres, et serait la seule maigre preuve de l'existence de reptiles préhistoriques. Le problème c'est qu'en dépit de la réputation de White, personne ne croit Challenger. Et surtout le professeur est irascible, impétueux, et tellement borné... pourtant il va se créer une expédition autour de lui: Paula White (Bessie Love), la fille de l'infortuné professeur; le professeur Summerlee (Arthur Hoyt), un spécialiste des coléoptères, dépêché par l'académie des sciences afin de prouver que Challenger n'est qu'un charlatan, Sir John Roxton (Lewis Stone), chasseur et ami de Challenger, attiré à la fois par l'opportunité de chasser du très gros gibier, mais aussi par la nécessité de protéger la belle Paula; enfin Ed Malone (Lloyd Hughes), un journaliste, a décidé de se joindre à l'expédition afin de vivre une aventure: une condition imposée par sa petite amie qui souhaite en faire un homme avant d'accepter le mariage... D'autres personnes, Austin (Francis Finch-Smiles) et Zambo (Jules Cowles) sont également de la partie, même s'ils sont surtout là pour ajouter de l'humour vaguement ethnique, signe d'un autre temps...

Les trois années de confection ont surtout été dictées par la nécessité de tourner, image après image, les séquences très planifiées de Willis O'Brien, dont la fascination légendaire pour les bestioles disparues a tout bonnement créé la vocation. Il est intéressant de constater que les scènes tournées par O'Brien et son assistant Marcel Delgado (C'était leur première collaboration, mais ils allaient travailler ensemble quelques années plus tard sur un projet encore plus prestigieux) varient grandement en qualité: et pour cause, les deux hommes, engagés dans une production de longue haleine, y ont littéralement raffiné leur art de jour en jour. Et c'est constamment impressionnant, tant leur technique leur permet de créer des "poupées" dotées de vie, aux détails impressionnants. Ils n'oublient généralement pas grand chose, les petits trucs anatomiques apparemment inutiles, mais qui ajoutent  de la véracité (Un ventre qui bouge au rythme d'une respiration, la queue d'un reptile qui semble vivre sa propre vie, etc...), et ils vont tout faire pour planifier un maximum de plans composites en intelligence avec l'équipe de Hoyt.

Ce dernier, en charge de la partie 'live-action', fait un travail soigné, sans grande invention au niveau des caméras, mais qui profite pleinement de la qualité de la distribution. Le script de son côté adapte Conan Doyle sans trop le trahir... sauf les stéréotypes raciaux: le personnage de Zambo, le noir, devient un insupportable crétin qui roue les yeux en permanence, et en prime est joué par un blanc! Quant à cette pauvre Paula White, elle est un catalogue des conventions sexistes sur les héroïnes, Bessie Love n'a d'ailleurs jamais caché le peu de cas qu'elle faisait de ce rôle...

Pourtant avec toutes ces scories, et les moments d'une grande naïveté, il y a derrière cette improbable aventure un humour et un second degré inévitable, qui font que le charme opère malgré tout: The lost world est dans la même catégorie, en dehors du temps, que Tarzan et bien sur King Kong. Ce dernier film doit énormément à celui-ci: l'équipe d'animation tout d'abord, qui va apporter au projet de Cooper et Shoedsack tout le savoir-faire acquis sur le film de Hoyt, en le raffinant encore; le parfum de l'aventure brute, et une trame pas si éloignée: dans les deux films, on ramène une bestiole dans notre "monde civilisé", et dans les deux films, ça ne se passe pas vraiment bien.

Pour finir, si on peut voir The lost world aujourd'hui dans une version décente, c'est essentiellement à un travail acharné d'une équipe de restauration menée par Serge Bromberg de Lobster films. Leur travail est formidable, et grâce à eux, nous avons nous aussi eu accès à un monde perdu...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925