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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 16:57

Ce film de 1920 raconte la triste destinée de la femme la plus connue de ce bon Henry VIII, de son arrivée à la cour jusqu'à sa séparation en deux tronçons. On pense à Madame Du Barry, qui a d'ailleurs subi la même opération, mais ici, il s'agit moins du portrait d'une intrigante piégée par l'amour, que du portrait d'une amoureuse piégée par l'intrigue.

Le film commence par l'arrivée de Anne Boleyn (Henny Porten) à la cour du roi Henry VIII, alors que celui-ci est en conflit plus ou moins ouvert avec son épouse légitime, la Reine Catherine, bonne Catholique qui refuse de porter la responsabilité de l'absence d'héritier, et qui surtout ne souhaite pas tomber dans le piège d'annulation du mariage que lui tend son mari. Celui-ci est interprété par Emil Jannings, et on ne peut rêver de Henry VIII à la fois plus picaresque, et plus inquiétant. Placée par le roi auprès de Catherine, Anne Boleyn devient de plus en plus intéressante pour le roi, qui n'est pas homme à se retenir. Et l'inévitable arrive: le roi va oeuvrer pour obtenir l'annulation du mariage avec Catherine (Entraînant son excommunication, au passage, et la naissance de l'Eglise Anglicane), et placer Anne Boleyn sur le trône, persuadé qu'il va ainsi avoir un héritier valide, c'est à dire mâle...

Henny Porten compose donc une femme victime de ses sentiments, qui sont au départ partagés entre son affection pour le chevalier Henry Norris, et son dévouement de fait à la couronne. Emil Jannings met tout son poids dans l'interprétation d'un monstre royal, aux appétits phénoménaux; comme d'habitude, Lubitsch passe de marivaudage en drame, et la belle ordonnance de la mise en scène est accompagnée déjà d'un sens de la suggestion... Le style du metteur en scène se raffine avant de devenir la fameuse "Lubitsch Touch". Mais ce film, pas si éloigné de Sumurun dont il partage le mélange parfois osé des genres. D'une certaine façon, Lubitsch pousse le pittoresque autour de Henry VIII et sa cour, jusqu'à en faire une sorte de pendant grotesque de l'histoire, dans lequel la figure tragique de Anne Boleyn, interprétée sans le moindre second degré par une comédienne pas vraiment réputée pour son sens de l'humour, devient une personnalité Shkespearienne: elle s'est approchée du pouvoir, à son corps défendant, a fait ce qu'elle a su devoir faire, mais elle sera finalement punie pour n'avoir été qu'un des passages obligés de la vie du monarque...

Lubitsch ne se contente pas du drame historico-conjugal, il s'intéresse aussi aux rouages, aux comparses qui agissent dans l'ombre, de ce poète à l'amour déçu qui entraîne plus ou moins volontairement la chute de celle qu'il aurait tant voulu séduire, à l'appétit de la dame de compagnie (Aud Egede Nissen) de la Reine, qui attend son tour dans l'ombre. Avec son style « ligne claire », et ses décors luxueux, Lubitsch fait bien plus que de montrer la puissance de l'écran Allemand et de la bourgeonnante UFA (Ce qui restait la finalité principale des superproductions de 1919-1920, Madame DuBarry, Sumurun ou Die Weib Des Pharao) : il installe un univers qui vaut autant pour ses figures de proue, que pour les coulisses. Il saura s'en souvenir en mettant en parallèle les amours des grands de ce monde, et de leurs domestiques, dans les années 30...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ernst Lubitsch 1920