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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 10:33

Serge Aubin (Jean Yanne) sort de prison. Pour bonne conduite, ce qui ne l'empêche pas d'être une tête de mule: il n'a jamais révélé où se trouvent les bijoux de son dernier coup. Mais on le lui demande souvent. Le commissaire Cailleau (Bernard Blier), pour commencer: c'est lui qui l'a coffré, il lui offre protection contre un tuyau sur la présence du butin. Mais Aubin, qui s'est fixé deux objectifs, n'en a cure: il se débrouillera tout seul, ou éventuellement avec son pote Michel (Constantin), qu'il a connu en prison.

Et ça ne va pas être facile, non, pour Michel et Serge: car dès la sortie d'Aubin de prison, on l'attend: les hommes du comte Charles Varèse (Nanni Loy) sont prêts à le faire parler. Car Varèse est au courant de l'existence d'un butin puisque il vit avec la belle Carla... Carla, c'est Madame Aubin (Mireille Darc). Et à cause d'elle, Aubin a pris trois années de prison... 

D'où les deux objectifs: d'une part, retrouver les bijoux. D'autre part, bien sur, tuer Carla.

C'est après deux films particulièrement dissemblables que Lautner tourne ce retour à la comédie: Le Pacha en 1968 était la première tentative de collaboration entre le metteur en scène et Audiard sur un polar pur et dur, et La route de Salina, l'un de ces méditations mal foutues sur le présent hippie, qui tournait vinaigre (Sous l'influence probable de More, de Barbet Schroeder, et de copieuses doses de produits ilicites à n'en pas douter). L'échec de Salina a éloigné Lautner des studios, donc il lui fallait faire, pour revenir, ce qu'il fait le mieux: la comédie.

Partant d'une idée de Bertrand Blier, Lautner a donc déconstruit à la façon de ne nous fâchons pas cette sombre histoire de cavale et de règlements de comptes, en y injectant d'abord au compte-gouttes traits d'humour, allusions morales douteuses (Cette homophobie ambiante!) personnages de plus en plus fêlés (Rufus qu'on peut considérer officiellement comme l'acteur qui fait joyeusement basculer le film dans le n'importe quoi le plus absolu avec son personnage hilarant de professeur particulier d'anglais qui finit -littéralement- tout nu), puis gags de dessin animé, mais un dessin animé pour adultes: la partie de jambes en l'air entre Mireille Darc et Jean Yanne est probablement l'un des moments les plus délicieusement crétins de tout le cinéma de Lautner... Ce qui permet un avantage énorme: le film ne bascule jamais dans la franchouillardise, justement grâce à cette poésie de l'imbécillité.

Celui-ci n'oublie pas de montrer son sens du dosage (Les vingt premières minutes son exempte du moindre gag), son goût habituel pour la mise en scène baroque du meurtre et de la violence (la première scène de tuerie est un mélange de points de vue complexes et de ralentis), et son sens du système D. Et il fait inconsciemment comme dans tous ses films, en tournant parfois dans des lieux réels, il capte une certaine vision de la vie: ses journaux, ses marques disparues, et deux scènes sensées donner une atmosphère, qui ont été tournées à la maison de la radio, mais montrent Albert Simon (1920-2013) en pleine action: le météorologue d'Europe 1 dans ces glorieuses années, dont la voix rappellera instantanément des souvenirs du quotidien à tous ceux qui l'ont entendue. Et Lautner ne sait pas non plus qu'il anticipe sur la carrière de quelques grands noms, qui ici font une modeste mais décisive apparition: Philippe Khorsand ("Je ne sais pas... des coups de feu, sans doute?"); Rufus (How much wood would a woodchuck chuck if a woodchuck could chuck wood?); Coluche (Barman mal à l'aise, et assez maigrelet, au début du film); Daniel Prévost et Jean-Michel Ribes (le "couple", hum, de tueurs qui discutent, hum, de "physique", au début)... Tout en recyclant quelques acteurs déjà vus dans on oeuvre, tels Venantino Venantini (Un tueur!), Jess Hahn (Un autre tueur!) ou Paul Préboist. Et les dialogues de Bertrand Blier, moins portés sur la formule que ceux d'Audiard, profitent de la présence de Yanne qui se les approprie en les tournant à sa guise: "T'es quand même une belle salope", est une phrase dont on sait que Blier peut l'écrire. Mais Yanne a l'air tellement naturel quand il la prononce...

Pour finir cette petite chronique d'un modeste film, malgré tout réjouissant, notons que le générique cède aux sirènes d'un truc en vogue en ce début des années 70: les titres animés. Ce serait déjà un atout, car j'avoue avoir un faible pour ces amusants décrochages souvent inventifs. Mais l'animation est basée sur des dessins d'un immense graphiste trop souvent oublié: Georges Grammat, dont on reconnaît la patte au premier coup d'oeil.

Par contre, le titre...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Georges Lautner