Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 13:10

On se prend dès le départ en pleine figure l'atmosphère mortifère, lourde et empreinte d'une forte dose de désespoir en même temps qu'une triste ironie, de ce film: ça commence dans un cimetière, où le premier titre prévu résonne encore des pulsations de la chanson du générique: Requiem pour un con. La chanson de Gainsbourg n'est sans doute pas sa meilleure, mais elle est un titre alternatif parfait pour ce film en forme de promenade mortuaire, par un commissaire divisionnaire qui n'a plus le temps ni l'humeur de tergiverser en étant indulgent avec le milieu: le temps presse pour lui, il n'a plus vingt ans. Et le con qu'on enterre, c'est, je cite, "son pote".

C'est qu'Albert (Robert Dalban), le pote du commissaire Joss(Gabin), a trempé dans une sale affaire, et le commissaire n'a en effet pas l'humeur de faire en sorte que les responsables de sa mort survivent trop longtemps...

Lautner a consciencieusement, lentement mais sûreùent construit, en quelques années, un style fait de mélange entre le film noir, une certaine idée baroque et expérimentale du cinéma criminel, et la comédie. Le public lui a donné raison, mais là, c'est Gabin qu'il lui fait satisfaire. Avec Audiard ils ont composé une sorte d'interlude, hors-comédie, qui va permettre à l'acteur de se sentir à l'aise, et au cinéaste de mener à bien son péché mignon: varier, étonner, s'amuser enfin avec ses scènes de violence. Et méthodiquement, le film est construit, de scène en scène, avec ruptures de ton, embardées du rythme, et toujours, toujours cette poésie particulière des scènes de braquage au petit matin, des cambriolages hivernaux, des routes mal entretenues sur lesquelles la neige s'amoncelle. Les paysages pourraient être baux, ils ne le sont pas: le désespoir, dans la belle photographie de Maurice Fellous, envahit même la nature de cette période de fin d'année...

Alors tant pis si il y a des longueurs, si certains scènes sentent le prétexte (la boîte de nuit et ses danseuses fort peu vêtues, la scène du studio d'enregistrement qui permet d'en rajouter une couche sur l'existence d'un disque de Gainsbourg), tant pis si Gabin et en mode automatique: avec sa lente et baroque introduction dans laquelle le verbe est rare, sa séquence de meurtre dans laquelle la flambée de violence s'accompagne d'une explosion de couleurs (Des pots de peinture bleue et jaune, troués par les balles, et dont la peinture colore les cadavres), et sa lente montée inexorable vers un final d'opéra, ce est du pur Lautner, les dialogues (Le jour ou on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner! Si je vais à Francfort, j'emmène pas des saucisses!) sont du pur Audiard, et ce "requiem" pour un Robert Dalban qui a cru pouvoir tricher, et s'est fait repasser, est l'un des plus grands films du duo.

Partager cet article

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Noir