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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 09:08

On l'attendait au tournant. Non seulement le film, mais aussi et surtout son réalisateur surdoué, Denis Villeneuve... Mais donne rune suite à Blade Runner? C'est le genre de projet dont on entend vaguement parler, parce que les têtes pensantes des studios, et les scénaristes de tout poil, passent finalement leur temps à lancer des projets en l'air. C'est un passe-temps, un exercice, une déformation professionnelle... Et quelques fois, une suite sort, qui embarrasse tout de suite, et tout le monde se retrouve face à un objet gênant, vaguement lié au film initial, mais dont on aimerait nier l'existence. Des exemples? 2010, de Peter Hyams... ou Son of Kong, de Ernest Schoedsack! Mais ce film n'entre pas dans cette catégorie...

Le résumer, vraiment? Disons que le titre ne ment pas: ça se passe bien en 2049, dans le futur de l'intrigue de Blade Runner. Et la chasse aux replicants est toujours d'actualité. Sauf que la donne a changé: d'une part, les vieux replicants, ceux qui étaient pourchassés dans le film de Ridley Scott, et se battaient pour trouver une trace d'indépendance face à une vie programmée pour ne pas durer très longtemps, sont du passé. Place aux "nouveaux" robots (l'insulte peu affectueuse qui leur est adressée, "skin-job", est reprise du premier film), qui ont été conçus par une nouvelle société qui a supplanté Tyrell industries, sont obéissants. Mais il faut encore faire la chasse aux anciens, les Nexus 7 et 8, des anciens Tyrell plus perfectionnés qui ont survécu, et l'ironie est que cette tâche incombe aux Blade Runners, dont tout le monde sait bien que ce sont des Replicants. Leur travail, personne d'humain ne voudrait le faire...

Le Nexus 9 K (KD6-3.7), interprété par Ryan Gosling, fait partie de ces agents dévoués et efficaces... et détestés. On le rencontre en plaine mission, il s'infiltre chez un fermier qui vit au nord de l'état de Californie, un certain Sapper Morton. Il l'élimine, puis découvre quelques étrangetés sur le site de sa ferme. Pour commencer, il y a un arbre d'un certain âge... Au pied duquel un coffre a été enterré. Une fois récupéré, il s'avère qu'il contient les restes d'une femme. Une replicante avec un détail peu banal: elle a subi une césarienne...

Voilà K parti à la recherche d'un bébé qui aurait, selon toute vraisemblance, environ une trentaine d'années. Un secret bien gardé qui d'une part excite la convoitise de Wallace, l'industriel florissant (Jared Leto) dont l'entreprise a supplanté celle de Tyrell; si les replicants peuvent se reproduire, alors c'est tout bénéfice pour son entreprise qui cherche justement à s'étendre au-delà de la terre. Mais la nouvelle inquiète aussi, et en particulier la supérieure de K au LAPD (Robin Wright), qui craint une guerre entre les replicants et les humains...

Difficile de raconter ce film sans entrer dans le détail, et les détails ne manquent pas... Ils sont autant ce petits cailloux, qui mènent vers une vérité complexe et improbable. Disons qu'on a l'habitude avec Denis Villeneuve, des énigmes un peu délirantes qui structurent ses films tout en les dotant d'une chronologie inventive... A ce sujet, l'énigme est bien là, mais n'occasionnera pas de maux de têtes cette fois-ci, pas plus que la chronologie. Ce qui est bien plus intéressant, c'est le temps dévolu à la vie privée, voire intime, de K. son appartement, dans lequel il a installé une petite amie virtuelle, vendue par Wallace industries (Ana de Armas); il vit comme vivrait un homme, et vient justement d'acheter une extension qui lui permet d'emmener sa petite amie partout. Celle-ci aimerait d'ailleurs lui donner un nom, et suggère le premier qui lui vient à l'esprit: "Joe"... Et il a des souvenirs: en bon replicant, il sait que ceux-ci lui ont été implantés, mais... un fait troublant dans son enquête va lui indiquer que le contraire est possible: sur l'arbre situé dans la ferme du début du film, est gravée une date. Cette date, K la connaît pour l'avoir croisée, associée à un souvenir d'enfance cuisant...

Ce désir d'humanité qui va motiver K pour aller jusqu'à croire qu'il est l'enfant né d'une replicante, est rendu possible par le fait qu'un gigantesque black-out survenu dans le passé a considérablement brouillé les cartes de ceux qui tentent de tenir à jour la population des robots. Du coup, on est devant ce film, face à un être presque humain, qui cherche à prouver sa part d'humanité, et qui la cherche jusque dans les moindres recoins d'un passé mythique. Il y a effectivement de quoi faire un bon film là-dedans, et sans surprise, Villeneuve accomplit sa mission avec flamme, avec talent, et avec une efficacité impressionnante. Et il n'oublie pas la dette inévitable à Blade Runner de Ridley Scott, dont l'intrigue lointaine sert de point de départ en même temps que mythe fondateur (Des acteurs reviennent, ou plus ou moins: Harrison Ford bien sûr, mais aussi Edward James Olmos, et d'une certaine façon l'infortunée Sean Young).

Reste que l'un des éléments les plus importants du film de Scott est ici monté en épingle, au-delà même du film: si pour les nouveaux replicants comme K, ou Luv (Sylvia Hoeks), l'assistante particulièrement dévouée de Wallace, leur nature ne fait aucun doute, on se souvient que le fil rouge des interrogations du film de Scott était de savoir si Deckard (Harrison Ford) était ou non un replicant. Cette interrogation se prolonge sur Blade Runner 2049, et fait que chaque personnage, y compris ceux qui à un moment ou un autre parlent de leurs souvenirs, devient forcément suspect d'être un robot. Un robot qui sait ou ne sait pas, qui il ou elle est. Une presque humanité parallèle, s'interrogeant sur son être, et sur ses mythes fondateurs, à la recherche de réponses qu'elle n'aura jamais. On tourne donc irrémédiablement mais glorieusement en rond, et la science-fiction reste donc sur ses fondamentaux, dans un film qui est visuellement parfaitement réussi. 

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Denis Villeneuve