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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 18:32

Nothing of him that doth fade,
But doth suffer a sea-change
Into something rich and strange.

Ce film tourné en 1931, en indépendance totale par Hitchcock (et avec un sens du bricolage qui serait presque étonnant de sa part), est donc le premier des deux oeuvres du maître dont les titres empruntent à un autre grand de l'Angleterre de toujours... Ces trois vers qui ouvrent le film et en justifient le titre sont tirés de La tempête...

Et justement, une tempête, il y en a une: coincés dans leur petite vie mesquine, les deux héros Fred (Harry Kendall) et Emily (Joan Barry), mariés depuis quelques années, aspirent à l'aventure. Surtout Fred... Et un beau soir, une lettre arrive, celle d'un vieil oncle qui a décidé de devancer l'appel de l'héritage afin de permettre à son neveu de réaliser son rêve de voyage et d'aventure. Le couple part aussitôt en voyage: la Manche, puis Paris. Marseille, puis la Méditerannée, puis l'orient, ses mystères et ses dangers...

Il est de bon ton de crier au génie devant ce film, comme l'ont fait Chabrol et Rohmer, Noël Simsolo, François Trufo, et Jean-Christophe Averty... Je comprends, du reste: ce film est la première tentative totalement personnelle du metteur en scène en liberté, qui s'est amusé à co-écrire avec son épouse Alma un sujet, en utilisant un pseudonyme idiot (Val Valentine, je vous demande un peu!). Le parcours des deux tourtereaux, de Londres à Singapour, permettait au metteur en scène de puiser sans vergogne dans les stock-shots, séquences de films oubliés (on reconnaît une séquence Parisienne de Moulin Rouge de E. A. Dupont, un film muet de 1928) afin d'agrémenter à moindres frais son histoire de voyage exotique. Et le couple utilise ainsi les 80 minutes de métrage pour montrer un couple qui se prend au piège de l'aventure, risque de se perdre dans LES aventures (Avec Percy Marmont d'un côté, et Betty Amann de l'autre) et finit malgré tout ensemble à cause d'une vieille et vague tendresse, mais aussi de la force de l'habitude!

Donc oui, le film est forcément sympathique, et permet à Hitchcock de sortir de son univers d'alors, fait d'allers et retours entre le genre policier d'un côté, et les autres genres de l'autre. La plus grande partie de ce film a été tourné en muet, et d'ailleurs les premières 4 minutes et 30 secondes sont du pur film muet, avec un hommage appuyé au burlesque (une scène d'ailleurs renvoie assez clairement à Harold Lloyd...). Mais si c'est bien un film personnel, un film Hitchcockien dans le sens où il a été tourné en toute liberté par le maître et contient une vision très personnelle des relations amoureuses, est baigné par son humour, c'est quand même un amusement quelque peu mineur au regard des admirables oeuvres qui allaient venir... N'étant pas un criticaillon Parisien souhaitant comme un snob prendre le contre-pied de tout ce qui m'entoure, je ne me sens absolument pas obligé d'être aussi indulgent avec ce film.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Comédie