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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 10:43

Un avion en perdition, 22 passagers qu'on nous a présentés les uns après les autres, tous en crise; un équipage en plein doute: le capitaine (Robert Stack) se rend compte qu'il va lui être de plus en plus difficile de cacher sa propre peur, et son second, un vieux de la vieille (John Wayne) traîne comme un boulet l'accident de son dernier vol en tant que pilote: il avait coûté la vie à tous ses passagers et son équipage, incluant son épouse et son fils unique... Le but du voyage est simple: relier Honolulu et San Francisco, mais... un moteur qui lâche, un réservoir qui fuit, un temps exécrable et un navigateur qui se plante dans l'évaluation des distances, et nous voilà partis pour une sérieuse aventure qui n'est pas sans dangers.

C'est sans doute la première fois qu'un film comme celui-ci confronte au danger, justement, des gens dont ce n'est absolument pas la vocation. The high and the mighty est sans doute la rencontre fortuite (Et absolument pas sur un table de dissection!) du film d'aventures, avec ses professionnels en pleine panade, qui font leur métier quels que soient les risques, d'un côté, et de l'autre d'une histoire impliquant des civils, qui auraient pu jouer le même petit jeu de révéler leurs problèmes, doutes, failles et défauts dans un film de maison hantée! Et Wellman étant Wellman, il affronte une histoire potentiellement grandiose en refusant systématiquement le spectaculaire. C'est donc essentiellement par les individus, et surtout par les passagers, qu'on aborde le film et les événements. On ne verra que peu de plans extérieurs de l'avion et de la tempête, au profit d'un huis-clos extrêmement bien mené, et d'une progression des problèmes techniques tels qu'ils sont rapportés et commentés par l'équipe. 

Il est temps d'aborder l'inévitable commentaire: Robert Stack, un avion en proie à un destin contraire, des passagers qui nous sont détaillés dans le cours chaotique de leur vie, une liaison avec les responsables au sol... Oui, bien sûr, comment ne pas penser à Airplane! d'un côté, ou à l'ensemble des films catastrophes de l'autre? Sauf que d'une part, si Wellman fait la part belle à ses protagonistes "profanes", les passagers qui peuplent la carlingue plutôt que l'équipage, c'est dans l'optique de son refus d'en rajouter sur la glorification de l'héroïsme. Ses membres d'équipage (dont la plus en vue est inévitablement l'hôtesse, interprétée par Doe Avedon) font leur travail, avec humanité, mais surtout sans en rajouter dans le drame: ce serait un travail particulièrement mal fait.

Le huis clos est donc un drame humain, dont les étapes "techniques" sont d'ailleurs surtout d'une linéarité narrative: l'avion décolle, il y a des turbulences, il y a un problème, il y a un suspense, et finalement on arrive à bon port. C'est donc dans la progression de la réaction des passagers qu'on suivra l'histoire... Certains sont d'ailleurs plus spectaculaires que d'autres: je passe sur les inévitables clichés du genre, quoi qu'il arrive la plupart des gens qui sont coincés dans cet avion à risque vont promettre monts et merveilles s'ils s'en sortent, et à l'arrivée, on voit quelques démentis commencer à poindre!

Certes, on voit à travers ce film tous ses clichés, toutes les parodies qui s'ensuivront, il nécessite donc un esprit tolérant, et une mise en condition. Mais Welmann a une fois de plus réalisé un film qui n'a rien d'anodin, ne serait-ce que par la prouesse narrative: raconter une histoire d'une vingtaine de personnes coincées dans un avion en plein ciel; ou encore les prouesses techniques: toutes les contraintes liées à l'environnement du huis clos, plus le fait que le film est en cinémascope... bien sûr, ce dernier point nous permet de rappeler qu'avec Wings en 1927, Wellman a déjà expérimenté avec le fait de filmer des avions en plein ciel, sur écran large. Il le rappelle ici... Mais surtout, Wellman a pris cette histoire humaine au sérieux, et en fait une histoire de dépassement humain à sa façon, c'est-à-dire sans jamais en rajouter sur l'héroïsme inutile. Sa "signature", qui consiste à ne pas nous montrer la scène qu'on attend, est d'ailleurs un jeu sur le bilan technique tel que les pilotes vont le dresser! Au lieu d'une scène où tout le monde se congratule, le metteur en scène nous montre cinq hommes, l'équipage et leur patron, qui regardent, songeur, le moteur défaillant. Pas un d'entre eux ne s'exprimera autrement que pour dire des petites choses telles que "bon, je rentre, j'ai sommeil"... De la dignité, de la sobriété...

Quant à John Wayne, d'ailleurs producteur du film, sa participation est un accident. Le rôle du co-pilote, d'ailleurs secondaire, a été écrit pour Spencer Tracy. Quand il s'est trouvé libre suite à un refus de Tracy, Wayne n'est proposé. Il y est splendide, si on accepte l'irritant gimmick des sifflements. Son personnage passe son temps, à la demande de ses collègues, à siffler la musique de Dmitri Tiomkin (qui a d'ailleurs obtenu le seul Oscar remporté par le film). Ca lasse...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman