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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 07:38

En Chine, le vieux mandarin Wu se réjouit de pouvoir préparer le passage de flambeau vers son petit-fils. Une fois devenu adulte, celui-ci va pouvoir prendre la direction de la famille. Mais un drame va l'isoler et le rendre dur: son épouse meurt peu de temps après avoir donné naissance, à une fille.

Une fois celle-ci (Renée Adorée) parvenue à sa majorité, son père, qui ne s'interrompt dans ses affaires sérieuses que pour s'occuper d'elle, cherche à la marier selon les coutumes ancestrales. Mais Nang-Ping, la jeune femme, rencontre Basil Gregory (Ralph Forbes) un séduisant jeune homme Américain, avec lequel elle ne tarde pas à vivre le grand amour...

...Avec tout ce qu'un mélodrame implique dans ce genre de cas.

Je ne vais pas prendre de gants: dans ce mélodrame de la pire espèce, qui ne parvient même pas à donner vie à sa tentation esthétique et à nous faire croire un seul instant qu'on est en Chine, le seul avantage est la présence de Lon Chaney. J'y reviendrai... POur le reste, à aucun moment un effort n'est fourni pour nous sortir du cadre de la pièce de théâtre dont le film est une adaptation, et l'essentiel de ce qui nous est conté suit fidèlement les codes raciaux de l'époque: qu'un fils à papa, blondinet jusqu'au bout de la cravate, séduise une Chinoise, c'est du plus haut romantisme, y compris quand il est gêné de devoir assumer de l'avoir engrossée. Mais qu'on suggère ne serait ce que du bout des (longs, très longs) ongles qu'un Chinois puisse entretenir des rapports avec une blanche et de suite, c'est l'horreur. Et comme Ralph Forbes doit effectivement embrasser Nang-Ping, on a choisi de confier le rôle à Renée Adorée... Alors qu'on avait Anna May Wong sous la main!

Une scène, une seule, atteint une certaine dignité: celle durant laquelle Wu, déçu de la trahison de sa fille, et Nang-Ping qui ne se fait aucune illusion sur la conduite future de son amant, se préparent à observer la loi de leur clan: elle n'est plus pure, elle doit donc mourir de la main de son père. A ce moment, les acteurs sont impressionnants, et... William Nigh se réveille. 

Non, heureusement, il y a Lon Chaney: dans deux rôles, chacun à deux périodes de la vie, il donne vie une fois de plus à des orientaux, avec un certain génie de la transformation, une fois acceptée l'embarrassante manie des occidentaux de confier des rôles exotiques à des acteurs anglo-saxons. D'une part, que ce soit en vieux Mandarin Wu ou en jeune Wu, il montre toute sa science du maquillage avec un talent devant lequel on doit déposer les armes. Si je suis plus mitigé sur sa performance d'acteur (Chaney nécessitait une authentique direction afin d'éviter d'en faire des tonnes, et la dernière bobine le voit déborder sérieusement du raisonnable), on reste confondu devant sa capacité en un seul plan, à nous faire passer la vérité d'un personnage qui passe d'une certaine dignité calme, à une violence intérieure et une cruauté sans nom.

Et là encore, je vais me plaindre: le cinéma muet Américain avait quand même un sérieux problème avec les orientaux, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Lon Chaney