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4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 16:09

Comme souvent dans les films de Naruse, la "femme dans la tourmente" du titre, c'est la grande actrice Hideko Takamine... Elle interprète Reiko, dont le film nous apprendra bien vite (sans le moindre flash-back cette fois) qui elle est: veuve d'un soldat mort au tout début de la guerre, et recueillie, puis gardée par habitude par la famille de celui-ci, Reiko porte à bout de bras le commerce familial depuis 18 ans, ainsi du reste que l'éducation du petit dernier, Koji (Yuzo Kayama), qui n'avait que 7 ans quand sa belle-soeur est venue dans la famille. Ils sont proches, très proches même, sans que Reiko ait jamais soupçonné quoi que ce soit. Mais lorsque le film commence, la crise est là: d'un côté, l'épicerie familiale périclite face à la concurrence sévère de la grande distribution alors e plein boom; de l'autre, Koji a 25 ans et sa famille se désespère de le voir faire quelque chose de sa vie. Enfin, même si elles ne le diront pas, les soeurs de Koji estiment qu'il est temps que Reiko assume sa vie seule, en clair: qu'elle débarrasse le plancher...

Superbe évocation, une fois de plus, d'une femme solitaire face à une tempête figurée, ce mélodrame admirable combine aussi l'évocation du quotidien familial dans sa banalité, et l'illustration quasi documentaire d'un Japon en proie à des changements radicaux, près de vingt années après la guerre; les deux personnages principaux incarnent d'ailleurs bien cet "avant" et cet "après": Reiko, dont le mari a été tué pendant les combats, est toute faite d'inquiétude, mais aussi d'une résignation face aux conventions et aux lois morales du Japon, qui l'empêcheront aussi bien d'avouer que d'assumer son amour pour le jeune homme de dix ans son cadet. Koji, en revanche, né avant mais éduqué après la guerre, fait partie de cette nouvelle génération qui essaie, expérimente, et parfois n'a pas peur de parler: c'est lui qui va le premier s'ouvrir de ses sentiments. Mais il est aussi piégé par ses sentiments, et va s'abandonner un peu facilement dans les plaisirs à portée de main...

Et le film se résout d'une façon magistrale, dans une sorte de rencontre-séduction orchestrée par Koji dans un train qui les emporte tous les deux loin, très loin. Mais si la rencontre a lieu, elle finit mal, très mal... Ce film, au script sans temps morts, et aux acteurs formidables (Takamine en tête, comme d'habitude), est une merveille, l'un des plus beaux films de Naruse, ce qui n'est pas rien!

 

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Published by François Massarelli - dans Mikio Naruse