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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 14:48

Nous suivons les aventures de James "Gentleman Jim" Corbett, 1866-1933, champion de boxe Américain basé à San Francisco: son enthousiasme pour le noble art qui lui fait abandonner une position tranquille de caissier dans une banque, ses amours compliquées avec une autre Irlandaise née elle d'un autre côté de la ville, et ses vantardises accompagnées d'authentiques victoires, pour monter toujours plus haut, toujours plus loin... et toujours avec plus de bruit.

...Le personnage de Jim Corbett, grand boxeur d'origine Irlandaise, est déjà lié au cinéma par le fait qu'il a tourné un film pour John Ford, en 1920: The prince of Avenue A est aujourd'hui un film perdu, mais si le bonhomme était aussi menteur et culotté que l'interprétation d'Errol Flynn le sous-entend, alors la rencontre entre les deux Irlandais de seconde génération a du être explosive! Et c'est justement l'un des aspects les plus remarquables du film, justement, cet "irlandisme", qui est mis en avant d'une façon assez soutenue par Walsh, et relayé en particulier par Alan Hale qui interprète le père Corbett, une interprétation dont la saveur n'est en aucun cas due à la subtilité!

Ensuite, Walsh qui ici remplit une mission que lui a confié la Warner, voire deux missions (un biopic de Corbett, et participer à la tentative de changer le registre de Flynn), s'est beaucoup intéressé à une histoire qui doit être liée à sa vie et sa famille d'une façon ou une autre; il y a fort à parier que chez les Walsh, dans le Bowery, quand le gamin est né, on devait certainement avoir une certaine tendance à s'identifier, soit à Corbett, avec son incroyable culot, soit à ses nombreux adversaires. Après tout, Walsh n'avait-il pas demandé à son frère George d'interpréter le rôle de John L. Sullivan, le légendaire champion auquel va s'attaquer Corbett dans la dernière partie du film? C'était dans The Bowery, et ne nous y trompons pas: si Gentleman Jim commence à San Francisco, il se finit bien à New York, et participe de toute façon en plein de la tendance "nostalgique" des films de Raoul Walsh, dont c'est à mon sens l'un des chefs d'oeuvre: une façon classique et totalement satisfaisante de raconter des histoires, des personnages qu'on suivrait au bout du monde, un parfum de comédie, et... une vision superbe de l'histoire ressentie au plus près de l'homme.

Car ce Jim Corbett, qui arrive avec ses gros sabots et ses dents blanches, véritable butor, goujat auto-satisfait, c'est un peu une certaine vision de la modernité, d'un siècle qui s'apprête à tout balayer sur son passage. Et en affrontant un John L. Sullivan (Ward Bond dans un de ses plus beaux rôles), Jim Corbett fait avancer le monde, qu'on le veuille ou non... Et ce face-à-face homérique, d'un Irlandais face à un autre, devient une profonde réflexion poétique sur la part de l'Irlandais dans la marche de ce nouveau siècle: peut-être qu'à l'instar de cette famille Corbett, qui doit déménager pour s'accommoder de sa nouvelle richesse, Walsh est-il en train de nous dire que le XXe siècle est celui où les natifs d'Irlande ont pu jouer leur carte en Amérique... 

N'empêche que si c'est une méditation sur cet aspect des choses, il ne pouvait pas être fait de façon plus plaisante qu'avec ce film joyeux, braillard, drôle et impertinent. Voilà.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Comédie