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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 09:14

Le titre annonce tout de suite la couleur... Gun fury est un (petit) western avec lequel la Columbia cherche à rattraper le train de la 3D, une technique qui ne durera qu'un temps, et dans laquelle Warner restera sans doute le leader. Walsh n'a pas grand chose à faire du procédé, et s'en débarrasse en proposant deux ou trois plans spécifiques: un crotale qui bondit vers la caméra, un bandit qui jette un couteau, puis une pierre. Pas de quoi fouetter un chat, et de l'esbroufe indigne du metteur en scène... Qui a trouvé son intérêt ailleurs.

En Arizona, quelques années après la fin de la guerre civile. Dans une diligence, les passagers devisent... Parmi eux, une jeune femme d'origine Sudiste, Jennifer (Donna Reed) vient rejoindre son fiancé avec lequel elle doit se marier quelques jours plus tard. D'autres hommes, Sudistes également, engagent la conversation avec elle, dont Slayton, un ancien officier (Philip Carey); arrivés à une étape, les voyageurs retrouvent Ben (Rock Hudson), le fiancé de la jeune femme. Une conversation entre Slayton et Ben tourne à l'évidence: les deux hommes ont eu l'impression de perdre beaucoup avec la guerre, mais l'un d'entre eux, Ben, en a conclu qu'il fallait voir ailleurs et ne rêve que de paix et de tranquillité, alors que l'autre, Slayton, a un désir de vengeance, et de prolonger la guerre... Quand la diligence repart, Slayton et Jess, son compagnon de voyage (Leo Gordon), se retournent contre les passagers et les conducteurs, et volent l'or qu'elle contient. Ils emmènent aussi Jessica, à l'insistance de Slayton... Une poursuite s'engage...

Les deux choses qui ont motivé Walsh dans ce film, manifestement, sont l'envie de faire un film où tout ne serait qu'action et mouvement, d'une part et d'autre part une certaine forme de méditation romanesque inattendue sur le devenir du Sud et sa trace dans l'aventure de l'Ouest... A des degrés divers, Donna Reed, Rock Hudson et Philip Carey interprètent tous un éléments du puzzle.

Faire un film sans temps morts, c'est une des spécialités de Walsh, et il s'y emploie ici avec abnégation. C'est donc très court, 83 minutes, ce qui arrange tout le monde car à cette époque hautement expérimentale, les promoteurs de la 3D ne voulaient pas prendre de risque et proposaient des programmes assez courts, ou, comme Dial M for murder, dotés d'entr'actes afin de reposer les yeux des spectateurs. Mais si Walsh n'a aucun mal à faire un film qui bouge tout le temps, il perd en substance sur la distance, et le film peine à briller dans l'ensemble de sa production... On pourra au moins se réjouir de voir Walsh s'amuser à son tour dans Monument Valley, et saupoudrer son film d'allusions à d'autres de ses westerns: un peu The Lawless Breed (Dans la diligence, les voyageurs devisent sur les hors-la-loi qui se sont récemment distingués, et parlent de Wes Hardin), et beaucoup In old Arizona (Les décors, mais aussi l'idylle passée entre Slayton et une jeune femme Mexicaine, qui vit dans une cabane et attend en permanence son retour)...

Le romantisme Sudiste a souvent plus attiré les cinéastes que les visions Nordistes. C'est dommage, mais ça va souvent avec le western... Ici, on a donc trois personnages qui représentent, chacun d'entre eux, un aspect du Sud: Jennifer est une "Southern belle", une de ces femmes élevées dans la tradition d'une sorte d'élite, et qui étaient plus ou moins intouchables. Sans surprise, elle va en baver, puisque Slayton, dans sa folie de possession de la jeune femme, ira jusqu'au viol! Le bandit est étonnant, dans la mesure où Walsh en a presque fait un personnage de premier plan, un jusqu'au-boutiste qui accumule les cadavres autour de lui, dans une fuite en avant qui confine à l'escalade meurtrière pure et simple. Il se conforme à l'image des Jayhawkers, ces soldats sudistes qui refusaient l'armistice et continuaient "leur" guerre dans l'illégalité en allant jusqu'à devenir des bandits. Ils ont bien sûr, pour beaucoup d'entre eux, émigré vers le Sud-Ouest, pour y semer la terreur, et profiter de la porosité de la frontière. Enfin, Rock Hudson qui revient une troisième fois travailler avec Walsh incarne une certain esprit pionnier des Sudistes venus trouver une nouvelle vie et repartir à zéro dans l'ouest. Il aspire à la paix, mais va être obligé par les circonstances à reprendre les armes...

Voilà qui fait au moins un film distrayant, et dans lequel les hommes et les femmes se définissent dans l'action. Un film à demi achevé, mi-programme de complément, mi-western symbolique. C'est peu, mais on s'en contentera...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western