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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 17:24

Plus ou moins perdu et reconstruit à partir de plusieurs copies par une poignée de collectionneurs fous qui se sont aperçus qu'ils possédaient des fragments d'un court métrage inconnu de Lloyd, ce film aurait tout pour être rangé dans la catégorie des films très accessoires de l'acteur, en vérité: il date de 1917, soit la période durant laquelle l'acteur expérimentait en transposant le monde de coups de pieds aux fesses de son personnage Lonesome Luke, dans un monde un peu plus réaliste, en incarnant désormais un jeune homme un peu plus tangible, et tout ça par la grâce d'une paire de lunettes. On va même aller plus loin: ce film est répertorié dans sa filmographie comme étant le deuxième court métrage qui le voit chausser cet accessoire.

On ne sait plus vraiment comment il se fait que Lloyd s'en est affublé, en vérité: bien des protagonistes (à commencer par le comédien lui-même, et son producteur et ami Hal Roach) s'en sont attribué les mérites, mais quoi qu'il en soit, c'était une idée de génie, qui fait qu'aujourd'hui on reconnaît immédiatement « le comédien aux lunettes », alors que franchement, ce pauvre Lonesome Luke ne ressemblait pas à grand chose...

L'intrigue ? Eh bien... Lloyd, en voiture avec une petite amie (ce n'est pas Bebe Daniels, et elle va disparaître du film après un plan ou deux), perd sa casquette ; il veut la récupérer, mais elle est entre les mains d'un escroc, et Lloyd ne parvient pas à la récupérer facilement. Pire: dans l'échange houleux qui s'ensuit, un policier (Sammy Brooks) intervient, et donne raison au malfrat. Arrêté, Lloyd n'a pas d'autre ressource que... de taper sur le policier pour se libérer, puis décide de se déguiser pour échapper à la police. Et donc, il enlève son pardessus, sa casquette, et... ses lunettes.

Oui, vous avez bien lu.

Ses lunettes.

A priori, si dans un de ses films, on voyait Lloyd prendre une douche, il porterait ses lunettes: il dort avec ses lunettes. Dans certains films, on jurerait qu'il est né avec.

Mais là, non seulement il s'en débarrasse pour se déguiser (en femme), mais pire : quand un poivrot (Snub Pollard) qui a été viré de chez lui cherche à se déguiser pour retourner au bercail, il va trouver les vêtements, et les lunettes, et donc il ressemble à Harold Lloyd !

Dans le reste du film, on passe de quiproquo en poursuite, et Bebe Daniels intervient, car c'est l'épouse de Snub : elle a donc surpris chez elle un type déguisé (Snub Pollard), qui venait pour cambrioler la maison, car il avait besoin d'argent, et bien sûr elle prend désormais Lloyd, affublé de ses propres lunettes, pour le bandit.

Bien sûr, que c'est embrouillé : mais si je récapitule, on verra mieux l'intérêt du film : car quand il perd ses lunettes, Lloyd perd son identité. On a franchement moins envie de le suivre, et d'ailleurs on le perd plus ou moins de vue. Et ces lunettes finissent pas le résumer, comme le fait que lorsqu'elle souhaite décrire le cambrioleur, Bebe Daniels n'a qu'un seul détail à donner : il avait des lunettes!

Le film prouve donc par A + B que Lloyd se résume à ses lunettes, et qu'elles lui confèrent finalement ce super-pouvoir qui fait qu'on l'aime tant ! A noter dans une scène, un faux raccord : Lloyd perd ses lunettes le temps d'un plan très bref, qui me fait émettre l'hypothèse suivante : et si tout simplement une majorité du film avait été tourné avec l'acteur au naturel, puis les lunettes ajoutées parce que ça lui donnait un je-ne-sais quoi d'indicible ? Le plan en question aurait tout simplement pu être oublié dans la bataille.

Ce qui prouve, pour peu que mon hypothèse soit la bonne, que Pinched est vraiment situé au début de cette aventure optique, et que si ce n'est pas le premier film dans lequel notre comédien arbore son indispensable complément (ce serait le deuxième, voir plus haut), ce serait au moins le court métrage avec lequel il aurait pris la décision de ne plus jamais les quitter.

Et j'ai gardé le meilleur pour la fin: Snub Pollard, qui a fièrement arboré une moustache de gros morse dans tant de courts métrages, est ici glabre...

Décidément!

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Muet