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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 07:32

Avant d'aborder un des films mal-aimés de Ernst Lubitsch, il convient de rappeler le destin de Kiss me again, une comédie réalisée durant son contrat avec Warner dans les années 20, la période qui a dessiné les contours du style définitif du grand réalisateur: Kiss me again, sorti en 1926, est aux dernières nouvelles un film perdu... Cette adaptation d'une pièce de Victorien Sardou, avec l'acteur Monte Blue. Parmi les ingrédients du film qui mobilisent l'intérêt du cinéphile, on note une participation de Clara Bow juste avant son entrée à la Paramount: celle qui allait être au générique du pesant Children of divorce, avait donc aussi participé à une comédie sur le même sujet... Qu'on ne peut hélas pas voir.

Ce film est le remake de Kiss me again, réalisé par Lubitsch, et produit par lui, pour le compte de Sol Lesser... Et si on ne peut juger Kiss me again sur pièces, au moins celui-ci est disponible. Trop même: il est dans le domaine public, ce qui veut dire qu'on a accès à des copies dans un état lamentable...

Jill Baker (Merle Oberon), mariée depuis six ans, a un problème, qui la pousse à aller voir un psychanalyste: à cause de son mariage, qui devient routinier, elle est prise de crises intempestives et incontrôlables de hoquet... Lors d'une de ses visites chez le spécialiste, elle rencontre un personnage particulier, le pianiste Alexander Sebastian (Burgess Meredith), dont elle devient assez vite proche, au point de l'inviter quand son mari, un assureur, invite une délégation de matelassiers Hongrois pour discuter d'une fusion importante... Le mari (Melvyn Douglas) assiste, impuissant, à la glissade vers l'adultère. Il prend les choses en mains et décide de divorcer...

Le divorce, justement, Lubitsch connaissait, et ça n'avait pas été une comédie. D'où peut-être cette envie de revenir à un scénario déjà tourné, et d'après ce qui se raconte, assez peu réactualisé. Dans un premier temps, le personnage central est l'épouse, mais la dernière partie du film se concentre surtout sur Melvyn Douglas. C'est un des soucis: difficile dans ces conditions de s'attacher à l'un ou l'autre. Je suis mitigé sur le trio initial, c'est vrai qu'ils sont compétents, mais d'une part je ne pense pas que Merle Oberon soit dans son élément, d'autre part Burgess Meredith a du mal à être autrement qu'antipathique! Mais ne nous méprenons pas: il y a des scènes formidables, des purs moments de grâce comme seul Lubitsch ou son disciple avoué Billy Wilder pouvaient en prodiguer: une scène de dîner (avec l'apparition de Sig Rumann) avec les Hongrois, dans lequel une simple expression en langue Hongroise change complètement l'ambiance, une autre scène chez l'avocat des Baker, durant laquelle ça tourne à la loufoquerie pure et simple. Et sinon, Melvyn Douglas a une réplique qui nous rappelle, préoccupation inévitable de Lubitsch en 1941, que le monde est en guerre: s'adressant à lui-même, il lâche un "Heil Baker!" assorti d'un salut nazi, qui trouvera un écho sardonique dans To be or not to be l'année suivante...

Voilà ce qui concerne cette petite comédie finalement bien de son époque, qui ne paie pas de mine, mais qu'on peut quand même savourer, à sa juste place, à condition bien sûr de trouver une bonne copie. Et ça, ce n'est pas gagné!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch