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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 07:16

Dans le Montana, en 1866, deux hommes tentent avec difficulté de passer un col enneigé, avec leurs chevaux; ils peinent, et pour cause: l'environnement les change de leur Texas d'origine... Ce sont les frères Allison (Ben, Clark Gable et Clint, Cameron Mitchell) , deux anciens confédérés qui ont quitté le Sud pour changer de vie, et passer à autre chose... et accessoirement se rapprocher de mines d'or. Ils enlèvent un éleveur et notable, Nathan Stark (Robert Ryan), après avoir tenté de lui soutirer de l'argent, mais pendant qu'ils trouvent refuge dans une cabane, il les convainc de s'associer avec lui, car il a besoin d'aide pour une grosse affaire: ramener un troupeau géant pour le vendre dans le Montana. En chemin, ils vont venir en aide à une jeune femme, unique rescapée d'une attaque d'Indiens: Nella Turner (Jane Russell) a vécu, elle est habituée à vivre à la dure, et le coup de foudre avec Ben Allison est réciproque. Sauf que lui a tendance à se contenter de ce qu'il a, et elle souhaiterait s'élever un peu... Après une nuit partagée par les deux, ils vont se fâcher, et Nella va trouver refuge auprès de Stark...

C'est un western modèle, épique et totalement satisfaisant, où Walsh retrouve le souffle narratif de The big trail (Dont il reprend d'ailleurs certains épisodes, dont le difficile passage des chariots à flanc de montagne), les grands espaces aussi... Et il livre une fois de plus une méditation sur l'homme Américain, un peu revenu toutefois, non seulement du romantisme Sudiste, même si les frères Allison sont bien deux héros positifs qui en participant à la cause confédérée, ont tout perdu, mais aussi du mythe de la destinée manifeste... Nella Turner, personnage complexe et riche, interprétée avec verve par Jane Russell, se retrouve face à trois hommes qui représentent à eux seuls une sorte d'état des lieux du western...

Nathan Stark, l'ambitieux et riche notable, représente l'homme qui a oublié sa part de nature, et se jette corps et biens dans les causes douteuses. Il est riche, certes, il a de l'influence, mais est-il un "tall man", un homme d'envergure tel que le rêve Nella? Il a tellement oublié son humanité qu'il parle de la jeune femme comme d'une possession. Clint Allison est lui beaucoup plus 'nature'; un peu trop en fait. Il boit, a la gâchette facile, ne souhaite pas avoir d'attaches, et possède quand même de sérieuses qualités de scout. Ce qui lui coûtera la vie... Il est le prototype même du cow-boy sans avenir. Enfin, Ben, un homme qui a eu des causes lui aussi, et ne les a pas oubliées, même si son pragmatisme lui docte de ne pas s'acharner. Il se présente, à deux reprises, comme un quart Comanche, et est au plus près de la nature. Il est dur, mais a son propre code d'honneur... C'est bien sûr lui, l'idéal de Nella, mais il faudra qu'elle abandonne ses rêves de grandeur pour pouvoir l'accepter...

Et toute cette histoire est contée avec grandeur par Raoul Walsh, dans un Cinémascope de luxe (Raoul Walsh, ne l'oublions pas, est un ds pionniers de l'écran large, et sait parfaitement composer ses plans en fonction du dispositif du Cinemascope) et  un Technicolor aux belles teintes bien plus réalistes que d'habitude. La palette choisie n'est pas rutilante, elle est juste. Des monts enneigés du Montana (des images qui ne trichent absolument pas) au convoyage de milliers de vaches dans les plaines arides du Texas, de bivouac en embuscade d'Indiens, Walsh nous donne à voir un des derniers westerns classiques et épiques, avant les remises en cause des années 60, sans jamais perdre en crédibilité. Lui qui a toujours affiché avec insistance une sympathie pour la cause Sudiste (pas l'esclavage, l'indépendance des états), nous montre surtout comment les hommes avancent et comment l'Ouest aurait pu être à la fois conquis et préservé, avec des hommes comme Ben Allison: un homme d'envergure.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh