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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 16:55

Le premier plan après le générique nous montre une arme. Une main s'en saisit, et nous savons que nous venons d'être les témoins d'un suicide. L'homme est étendu sur son bureau, et son épouse arrive sur les lieux, constate la mort de son mari, avise une lettre dans sa main gauche. Elle va ensuite téléphoner... au parrain de la mafia locale, se présentant comme "la Veuve Duncan". C'est l'ouverture-choc d'un film en forme de constante baffe dans la figure, où Fritz Lang fait semblant de revenir à a forme la plus pure et la plus simple du film noir, mais il ne fait QUE semblant...

Dave Bannion (Glenn Ford), comme tous les autres policiers en charge de l'affaire, a tôt fait de considérer le suicide de Duncan comme étant une banale et navrante histoire: Duncan n'a laissé aucune trace derrière lui après que son épouse ait découvert la lettre dans laquelle l'ex-policier rongé par le remords accusait nommément le véreux Lagana d'être le chef d'un système corrompu d'une insoupçonnable ampleur. La veuve a vite compris l'intérêt qu'elle pouvait retirer personnellement d'un tel document, et va donc prétendre que son mari avait une santé chancelante et a préféré prendre les devants...

Sauf que Bannion a été contacté par une femme, Lucy Chapman: une escort-girl qui connaissait Duncan et qui ne croît pas à la thèse de la maladie. Plus intéressant, elle affirme que Duncan s'apprêtait à divorcer, et changer de vie. Mais Bannion ne la croît pas... jusqu'à ce qu'on retrouve le cadavre mutilé de la jeune femme. Ce ne sera pas la dernière mort violente dans ce film, hélas...

Justement, puisqu'on en parle, il semble que Lang ait tout fait pour souligner qu'un policier qui s'attaque à un système mafieux fait forcément u bruit sur son passage, et justement provoque la mort derrière lui. D'où un aspect célèbre de The Big Heat, qui a sand doute beaucoup fait pour la réputation d'un film sans compromis. Bannion, au début du film, se réfugie littéralement chez lui, entre sa petite fille de cinq ans, et son épouse Kate, qui sont toutes deux des rayons de soleil. Mais une scène fait froid dans le dos, qui nous montre le policier qui sait qu'il commence à avancer dans une affaire qui promet d'avoir des ramifications rentrer chez lui, s'atteler à raconter l'histoire du soir à sa fille, pendant que son épouse va faire une petite course de dernière minute avec la voiture, une image parfaitement réussie du bonheur et de la paix conjugale, d'un homme qui arrive encore à se déconnecter de son travail. Sauf que la voiture explose, et que Bannion comprend qu'il va falloir user de grands moyens pour venir à bout de Lagana et de son système.

Le film EST brutal et brut, certes, mais il est aussi très travaillé pour être une épure, à la fois du genre, et du travail de Fritz Lang. Le metteur en scène a été toute sa vie fasciné par la littérature populaire, et a forcément trouvé dans le roman noir le plus brutal le frisson qu'il trouvait dans les feuilletons de la presse hebdomadaire quand il était à Berlin. C'est cette atmosphère noire comme de l'encre, cette violence sans issue, qu'il va montrer dans ce film. Mais il est aidé par son métier, par son sens de la mise en scène: cette façon de tisser à partir des objets signifiants une toile qui établit une continuité entre les scènes: ici ce sont les armes à feu et les cafetières qui remplissent cette fonction... Ces hommes et ces femmes qui finissent par quitter la protection illusoire de la loi pour rendre la justice, et qui sont aidés (rappelez-vous Man Hunt) par des êtres pas forcément innocents, mais dévoués jusqu'à la mort: Gloria Grahame, pathétique fille au baromètre moral un brin tangent, va sérieusement payer de sa personne. Chemin faisant, Lang nous montre le parcours dangereux d'un homme qui manque d'oublier ses principes, mais aussi une inattendue, touchante histoire d'amour, un amour absolu et enfantin, qui se résout dans la mort.

Bon, pas besoin d'aller plus loin: The big heat est l'un des chefs d'oeuvre de Fritz Lang. Un film cru, brut, sans compromis et qui ne prend même pas son temps, mais je le répète, il vous colle une baffe. Une belle.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir