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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 16:47

Ceci est le premier film tourné par Lubitsch depuis The merry widow qu'il avait livré à la MGM en 1934, au moment du renforcement du code de production. Le metteur en scène avait supervisé pour la Paramount la production de Desire (1936), de Frank Borzage, qui portait partiellement sa marque, et dont on peut légitimement penser qu'il avait espéré le tourner... Mais Angel sera son film de retour, et il a la fâcheuse réputation d'être un film à part, voire un film raté, pour le grand réalisateur, au contraire de ses trois films suivants. C'est dommage car c'est tout sauf mérité...

Dans Angel, une femme rencontre un homme: Maria (Marlene Dietrich), une mystérieuse jeune femme venue d'on ne sait trop où, débarque à Paris et se réfugie chez une grande-duchesse, dans le but de s'encanailler. Au même moment arrive Tony Halton (Melvyn Douglas), un playboy à la recherche de bon temps. Il se trouvent, s'aiment, se séparent. Aucun des deux ne sait rien de l'autre, si ce n'est que Tony a décidé de baptiser celle dont il ignore le nom Angel...

Revenue à Londres, Maria retrouve son mari Sir Frederick (Herbert Marshall) qui décidément n'a pas de temps à lui consacrer: il est diplomate, et parcourt le monde dans le but d'empêcher la guerre. Mais un jour il rencontre un ancien compagnon d'armes: Tony Halton. Il l'invite chez lui...

C'est une épure, un film court et incisif qui va donc droit au but. Le metteur en scène de comédie calme le jeu et exige de tout un chacun un jeu aussi austère que dramatique, y compris pour l'humour: une sorte de froideur, ou une impression de froideur, qui a peut-être gêné, tant il est vrai que les films précédents de Lubitsch (à plus forte raison ceux avec Maurice Chevalier) gardaient toujours un soupçon de folie ou de décalage ouvertement comique. Ici, même les discussions entre les domestiques (qui rejouent la partition de leur employeurs, dans un échange mémorable où Edward Everett Horton fait une fois de plus la preuve éclatante de son génie) sont sous-jouées. Ce qui n'empêche pas l'humour, comme dans cette scène souvent citée en exemple du cinéma de Lubitsch, où les gens de cuisine nous font vivre par procuration le repas compliqué qui a lieu dans l'autre pièce (c'est l'occasion pour Sir Frederick de remettre en contact son épouse et son ami, sans savoir qu'ils ont été amants) en commentant ce qu'ils ont laissé dans leurs assiettes.

N'empêche, ce mélodrame comique, cette comédie en forme de requiem à un amour perdu d'avance, est un grand film, qui trouve dans sa forme unique en son genre une beauté certaine. Lubitsch savait parfaitement ce qu'il faisait en plus, en confrontant Marlene Dietrich (privée, heureusement, de sa chanson contractuelle: ouf!), encore déboussolée d'avoir perdu le soutien de Josef Von Sternberg, d'un côté, et Herbert Marshall, dont l'accent et la voix flegmatique cachent à peine la souffrance qui est la sienne: l'acteur avait perdu sa jambe durant la guerre, et souffrira toute sa vie de complications. Bien qu'unijambiste, il mettait un point d'honneur à jouer aussi souvent que possible debout. Et cette souffrance ajoute à son personnage poignant... Oui, c'est une comédie, mais aucune loi au monde n'impose à la comédie de ne parler que de choses gaies, non?

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Comédie