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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 08:48

1942: à Prague, on surnomme le "Protecteur du Reich", Heydrich (Heinz Von Twardowski) le "bourreau" en raison de ses penchants pour l'exécution de masse. Le film commence par une preuve de sa folie en le montrant vociférer devant un parterre de nazis qui sont tous apeurés de faire un geste de travers... Mais quelques heures après le sale type est tué par un résistant. Grâce à l'intervention d'une jeune femme, Mascha Novotny (Anna Lee) qui a vu l'homme (Brian Donlevy) qui se cachait, il échappe à la Gestapo. Mais la machinerie du régie se met en place, celle de la résistance aussi...

C'est tout de suite après Man Hunt réalisé pour la Fox en 1941 (soit avant Pearl Harbor et l'engagement Américain) que Lang a réalisé ce film. Contrairement à Man hunt, donc, mais aussi à Ministry of fear (Paramount), il est indépendant des studios... Et sans surprise il a une histoire compliquée: plusieurs versions subsistent, certaines quasi incohérentes, et l'accomplissement ne s'est pas fait sans douleur, puisque Lang ne s'est pas du tout entendu avec Brecht qui signait le script... Ce dernier a quand même pu mettre de lui-même, de sa verve et de son univers dans le film, comme en témoigne une certaine gouaille des personnages du petit peuple Tchèque... Mais si le film est notable pour son manichéisme parfois embarrassant, il reste un film solidement Langien dans sa structure... du moins sur les deux premiers actes, le troisième souffrant d'un souci d'intrigue!

Lang retrouve un style qu'il affectionnait à la fin du muet, privilégiant ici le tournage en studio, ce qui d'ailleurs se voit pour les scènes de rue. Il lie les scènes les unes aux autres comme il savait si bien le faire, et est très à l'aise face à une distribution impressionnante, dans laquelle les acteurs et actrices se sont investis à 100%: on retrouve quelques grands noms du théâtre et des résistants authentiques (Twardowski, grandiose en nazi fou furieux, et Granach qui interprète un Gestapiste sournois, ont tous deux fui le régime) et des acteurs aux opinions établies (Walter Brennan, l'un des plus grands acteurs caméléons, est une fois de plus génial). Lang montre à la fois les deux machineries se mettre en route comme au temps de Mabuse, et le destin se mêler de la partie.

Si l'histoire, qui est traitée comme un grand roman d'aventures en dépit de l'urgence historique (les événements n'ont pas six mois!) reste prenante, je regrette que le dernier acte soit consacré à l'évocation méthodique du système nazi dans le cas d'un homme qui a été piégé par la résistance. Nous assistons aux manoeuvres de ces derniers pour faire de lui le bouc émissaire de l'enquête pour assassinat, et par moment on prend le risque de faire de lui une victime... Ce qui plombe le dernier acte à mon sens. Et ça peut aussi expliquer les coupes subies par le film un peu partout, surtout dans les pays où il est sorti une fois la libération effectuée. 

Néanmoins, c'est une preuve de plus de la conviction de Lang, de la puissance de son cinéma, à la fois revendicatif et populaire, et de sa capacité à recréer un Prague qu'il n'a pas vraiment vu à la seule force de son imagination. Même imparfait, ce deuxième film anti-nazi est un témoin essentiel de l'importance de son oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang