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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 17:17

Dani (Florence Pugh), qui vient de perdre toute sa famille dans le suicide de sa soeur qui a "emmené" ses parents avec elle, est en train de traverser une période très difficile. Elle a très besoin de son petit ami Christian (Jack Reynor), mais nous constatons très vite que celui-ci quand il est seul avec ses amis étudiants (ils se dirigent vers une thèse d'anthropologie) révèle un manque d'affection assez cruel pour la jeune femme, dont il ne sait pas vraiment comment il va pouvoir se détacher! Quand elle apprend qu'il a planifié derrière son dos un voyage en Suède avec les copain, Dani le persuade (contre l'avis des copains, bien sûr) de l'emmener avec lui...

Les voilà donc partis, Dani, Christian, Mark et Josh, avec leur ami Suédois Pelle, vers une communauté traditionnelle aux règles très étranges, qui s'apprêtent justement à célébrer un festival du solstice d'été très particulier, car il n'a lieu que tous les 90 ans. Ca va être une expérience humaine passionnante en tout cas pour les anthropologues, et un premier pas vers la reconstruction de sa vie pour Dani: ils vont participer à des rites religieux, des danses, des repas communautaires,

et des sacrifices humains.

Hereditary était un succès, mais Aster n'a pas attendu la confirmation du public pour se lancer dans un deuxième long métrage qu'il préparait depuis 5 ans! Les deux films possèdent quatre aspects essentiels en commun: le fait est que les deux films sont habilement déguisés en contes horrifiques, qu'il y ait une thématique liée aussi bien à la famille qu'à la religion (ou quelque chose d'approchant), et enfin un humour grinçant à l'extrême... La plongée dans un folklore Suédois probablement largement créé pour les besoins du film, mais totalement cohérent jusque dans ses pires travers, est le fil conducteur de cette expérience qui est d'abord et avant tout l'histoire d'une rupture, qui passe par les mésaventures de Dani et Christian dans ce film: le couple qui ne tient que parce que l'un d'entre eux est trop embarrassé pour dire les choses, va se détruire dans l'horreur pure... 

Et la façon dont le réalisateur choisit de leur faire vivre une expérience traumatisante dans une communauté marquée par sa propension à vivre l'affect comme une expérience de groupe, nous fait mesurer à quel point Dani et Christian ne sont pas fait l'un pour l'autre! Du reste, les Américains qui peuplent le film ont beau être pour une large part les victimes d'une secte délirante, on n'a que peu de sympathie pour la plupart d'entre eux... Sauf Dani mais justement, elle est celle qui va vivre pleinement la catharsis offerte par ses hôtes Suédois, et comprendre l'égoïsme total et blessant de ses compagnons, à commencer d'ailleurs par son petit ami...

La mise en scène d'Aster bénéficie, comme celle de Hereditary, du choix de tourner dans un décor fort et qui sert d'univers essentiel au film. A la maison cossue et new age du film précédent, Aster substitue cette fois les cabanes en bois et les lieux de vie communs, au milieu d'une clairière, qui auront servi de studio. Du cinéma en liberté, donc, chorégraphié à l'extrême par un réalisateur qui sait ce qu'il veut voir, entendre et ressentir. On retrouve ce talent pour les plans longs et lents, l'utilisation parfois sarcastique de l'arrière-plan, les plans-séquences perturbants, les soudaines embardées vers la surprise ou le malaise, et bien sûr ces figures de style qui étaient là dès ses courts métrages, et qu'on a retrouvées dans Hereditary: le balayage horizontal de l'action dans lequel la caméra opère un retournement (un truc que Soderbergh utilisait d'une manière frappante dans The limey), et surtout cette merveilleuse idée de lier deux plans en cadrant un personnage qui semble ne pas bouger, mais qui est filmé dans deux décors différents et à deux périodes clairement différentes dans les plans successifs... Bref: Midsommar est un film épuisant, d'une beauté incroyable, dont le malaise permanent est aussi insidieux que narquois, et il confirme de façon indéniable le talent de son réalisateur.

 

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Published by François Massarelli - dans Ari Aster