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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 09:22

J'imagine que pour Fritz Lang, l'occasion était trop belle: en 1921, il projetait de filmer lui-même son script pour Das Indische Grabmal, une monumentale aventure qui avait pour but de booster la réputation du cinéma Allemand et le faire revenir sur le devant de la scène: après tout, Lang était en vue, et il avait déjà tourné un diptyque impressionnant avec Die Spinnen en 1919. Il s'estimait prêt... Mais c'est un autre qui a tourné le film, et depuis ce temps il est probable que l'ombrageux auteur devait en garder une certaine rancune... Car oui, et ç me peine presque de le dire, cette délirante et souvent très vieillotte histoire de Maharaja cruel et amoureux, de péripéties toutes plus téléphonées les unes que les autres, était pour Lang une sorte d'intrigue idéale avec laquelle il se voyait bien relancer sa carrière et par la même occasion dominer le marché Allemand, après avoir boudé le pays pendant plus de vingt années!

La Maharaja d'Eschnapur, Chandra (Walter Reyer), confie à deux architectes Allemand, Harald Berger (Paul Hubschmid) et son beau-frère (Claus Holm) la construction d'un palais. Mais ce que Chandra ne sait pas, c'est que Berger et lui vont rencontrer une femme qui va leur tourner la tête, Seetha (Debra Paget), et que pendant ce temps, sa cour complote sévèrement contre lui...

Lang s'est souvent plaint du Scope, de façon insistante, ce qui explique qu'on le voit ici retourner vers le format académique du 1:33:1. De même, s'il tourne en couleurs, il abandonne les tons nocturnes et souvent inquiétants de Moonfleet, pour tourner en plein soleil et reprendre la palette de ses westerns, profitant des paysages authentiques Indiens, et son film en finit par ressembler à n'importe quel film d'aventures Européen des années cinquante... Je sais: ce n'est en rien un compliment, et je n'ai pas fini.

Car si on se réjouit que Lang ait pu réaliser enfin un rêve vieux de plus de trente années, et du même coup (on peut le considérer comme ça) effectuer l'adaptation définitive du roman de son ex-épouse Thea Von Harbou, il fait quand même dire que cette histoire qui se déroule lentement, presque comme dans un rêve, n'est qu'un ratage particulièrement encombrant, dans lequel tout ce qui faisait la valeur des films de Lang à l'époque du muet (il y reprend son rythme de l'époque) se noie dans l'indigence des dialogues, dans la maladresse du jeu, dans l'inachevé des séquences d'action et dans d'interminables conciliabules sensés nous éclairer sur une intrigue qui n'en avait vraiment pas besoin...

Les seuls aspects positifs de ce film (divisé en deux parties, incidemment "gonflées" en importance puisque chacune a bénéficié de sa propre sortie à deux mois d'écart) sont les petites obsessions de Lang, qui lâche ça et là des scènes qui renvoient aux aspects plus satisfaisants de son oeuvre, une séquence de magie, et surtout, des souterrains, catacombes et autres passages secrets, dans lesquels on rencontrera, tel Mabuse poursuivi dans son délire par les fantômes de son passé, des lépreux qui deviennent à l'occasion l'instrument du destin...

...et aussi, bien sûr, des tigres en peluche, et des crocodiles.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang