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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 16:39

1939, en Espagne: les Nationalistes de Franco ont quasiment gagné et les Républicains sont en pleine débandade. Un enfant, accompagné par son tuteur Républicain, arrive dans une petite institution Catholique au Sud du pays, tenue par des sympathisants de la cause perdue, le docteur Casares (Federico Luppi) et Carmen (Marisa Paredes). Carlos (Fernando Tielve), qui apprend à la dure qu'il est venu pour rester dans l'école (son tuteur part sans lui), est un garçon intelligent, qui va être confronté d'abord à la dureté des garçons de son âge, mais aussi à des événements surnaturels: il rencontre le fantôme de l'endroit, un garçon prénommé Santi, dont il va élucider le mystère de la disparition.

Il est aussi confronté à la fin d'un monde, pourtant situé à l'écart des villes et du tumulte de l'arrivée du fascisme. Une fin qui n'aura rien de surnaturel, et qui sera essentiellement l'oeuvre d'un homme, Jacinto (Eduardo Noriega), un ancien pensionnaire devenu concierge et qui garde une rancune particulière envers l'établissement, où il ne reste que parce qu'il sait que la directrice Carmen a de l'or (appartenant aux Républicains) caché quelque part... En attendant de le trouver, il se comporte en véritable cerbère à l'égard des enfants...

Del Toro a conçu ce film comme le premier volet d'un diptyque dont le deuxième volet est bien sûr Le Labyrinthe de Pan, qui lui aussi confronte l'enfance à une certaine forme de surnaturel, sur fonds de Guerre entre Nationalistes et Républicains. Le film est une somme d'obsessions pour le metteur en scène, qui a beaucoup mis de lui-même, tout en respectant la cohérence d'un récit essentiellement Espagnol. Cela n'a pas empêché le réalisateur Mexicain de saupoudrer de sa propre culture cette histoire magnifique: l'anecdote de Santi, le fantôme de l'eau, provient en effet d'une légende Mexicaine; un personnage de jeune garçon fasciné par le graphisme est une réinterprétation de la jeunesse du dessinateur Espagnol Carlos Gimenez, et bien sûr, Carlos est confronté comme Ofelia (Le Labyrinthe) et Elisa (The Shape of Water) d'un côté à une sorte de monstre surnaturel en la personne de ce fantôme vindicatif à la recherche d'une vengeance, de l'autre à un salaud, un bandit sans foi ni loi, qui n'affiche aucune prétention politique, mais dont le manque total de scrupules qu'il affiche nous fait dire qu'il est sans doute très proche du fascisme. De ces deux maux, le pire est bien sûr le deuxième...

Et del Toro accomplit avec ce troisième long métrage une oeuvre rigoureuse et absolument superbe visuellement, dans laquelle il transcrit à sa façon l'univers d'un Mario Bava réadapté pour l'Espagne, dans un décor dont il a choisi chaque centimètre carré, habitant son film de A à Z: choix des acteurs, pilotage du scénario recherche de tous les aspects esthétiques de son fantôme. Un film qui fait peur, mais plus encore par l'horreur palpable et réelle de la présence désormais acquise du fascisme et du Franquisme de l'Espagne de 1939, que par la présence incarnée du mal à travers un fantôme dangereux et jusqu'au-boutiste. D'ailleurs, comme une indication de la direction que va prendre le film, au beau milieu de l'école, une bombe qui s'est enfoncée dans la boue sans exploser, reste, comme un fantôme d'une autre sorte. Une bombe, oui, mais à retardement...

Car Santi fait peur, oui, mais lui, il ne fait pas exploser les enfants quand on le contrarie. Jacinto, si.

Del Toro trouve dans ses garçons qui s'entraident à l'orhelinat après s'être fait la guerre, de nouveaux Chiche-Capons (Les disparus de St-Agil, de Christian-Jacque) mais en moins bavards... Et à travers Casares et Carmen, les deux survivants paradoxaux d'une cause perdue, le metteur en scène nous offre l'image poignante de deux perdants sublimes, et c'est le reflet de toutes les interprétations fictives et littéraires de la Guerre d'Espagne, ce chaos qui aurait pu, ou du faire réagir les autres pays à l'époque...

 

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Published by François Massarelli - dans Guillermo del Toro