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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 11:47

Voici un film de Lang peu banal, dans lequel le metteur en scène va, à l'instar de Hitchcock dans les trois quarts de Spellbound, s'intéresser à la psychanalyse et en faire la grille de lecture d'un film noir. L'intrigue pourrait tenir dans cette phrase: "Celia et son nouveau mari, Mark, s'aiment, se désirent, mais"...

Le thriller de Hitchcock inscrivait la psychanalyse dans le cadre d'une enquête policière classique, avec inévitable faux coupable, alors que Lang pour sa part a décidé de situer l'intrigue de son film entre les deux protagonistes principaux, avec une affaire strictement privée, même si de sérieux risques de meurtre existent en effet... Celia (Joan Bennett), qui s'est mariée sur un coup de tête, n'a jusqu'à présent jamais regretté son geste jusqu'à ce qu'une idée de blague idiote lui passe par la tête: en interdisant par jeu l'accès de son mari (Michael Redgrave) à la salle de bain où elle vient de passer du temps, la jeune femme se rend compte qu'elle a influencé un changement radical dans le comportement de son mari. Celui-ci part en prétextant d'odieux mensonges, il est froid et distant... Plus grave, elle découvre qu'il est non seulement secret, mais plus encore cachottier, lui ayant tu l'existence d'un fils issu d'un premier mariage. Il faut dire que le bambin n'est pas facile, et est absolument persuadé que Mark a tué sa mère...

Lang a opté pour ce film, pour une mise en scène qui rappellera The woman in the window, à travers une impression constante de rêve éveillé. Il convoque avec l'excellent Stanley Cortez, toute la panoplie du film noir, mais en particulier appuie très fort sur le symbolisme, avec multitudes de portes, de clés, de pièces secrètes et de curieuses manies (l'idée de "collectionner" des pièces de crime, par exemple) qui rendent le film toujours plus baroque. Cette visite de l'inconscient d'une femme qui se découvre de  plus en plus comme potentielle victime de l'obsession meurtrière de son mari est tellement intériorisée qu'on ne se plaindra pas de son improbabilité. Et Joan Bennett, qui passe de la passion à l'inquiétude, est l'actrice idéale pour effectuer le voyage...

Lang retrouve aussi son univers Allemand, un monde dans lequel l'innocence absolue n'existe pas, et chaque personnage devient un rouage du destin, complice volontaire ou non... Tout ça fait de ce nouveau film qui parle du désir (le sujet principal, rappelons-le, de Woman in the window et de Scarlet Street) sous couvert de fantasmes, un film primordial de son auteur, mais aussi assez difficile d'accès. Le public, par exemple, ne s'est pas précipité... Peut-être parce que la logique, ici, n'a pas de mise: un film dans lequel une porte mène à une pièce, une pièce à une fenêtre, une fenêtre à un mur, et un mur à la mort...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Fritz Lang