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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 13:44

Quand on lui demandait quel était son film préféré, le réalisateur de I walked with a zombie, de Cat People, The leopard man, Experiment perilous et Night of the demon répondait qu'il s'agissait de Stars in my crown... Rien de très notable  a priori dans cette production MGM à petit budget, qui évoque les coulisses du western... Pas de cow-boy à l'horizon, mais une petite communauté rurale du mid-west où la civilisation va enfin pouvoir s'établir. On est pourtant pris par la tranquillité et la beauté de cette évocation qui aurait pu venir d'un John Ford, ou du Walsh de The Strawberry Blonde, la verve canaille en moins...

John, un narrateur presque anonyme, nous présente son village dans son histoire, à partir de l'arrivée d'un personnage important: le pasteur J. D. Gray (Joel McRea). Celui-ci s'est imposé à la population par un coup d'éclat, en se rendant au saloon et en imposant à l'auditoire masculin rigolard de subir son premier sermon sous la menace de deux colts! John est le fils adoptif du prêtre, et nous raconte les anecdotes vécues à Walesburg, les petites joies, les peines, les épidémies, la difficulté du jeune médecin à remplacer son père respecté par toute la population, les manigances d'un riche propriétaire pour s'approprier la ferme d'un vieux noir, la rivalité entre le prêtre et le médecin, les épidémies, etc...

La force de la chronique, dans ce genre de cas c'est qu'avouons-le elle tient toute seule, regardez la série des Don Camillo! Mais Tourneur fait bien plus, et bien mieux qu'illustrer une histoire. Pour commencer il donne vie grâce à des acteurs doués (On retrouve Alan Hale, Lewis Stone, Arthur Hunnicutt) à des personnages, le pasteur en premier lieu. Celui-ci est certes acquis totalement à la cause divine, mais est surtout, comme c'est souvent le cas dans ces petites bourgades au protestantisme bon teint, un meneur d'hommes avant d'être un meneur d'âmes. Les vignettes et le pittoresque des personnages sont empreints d'une grande humanité, avec ses moments forts et ses petits moments de pas grand chose, les passages où John et l'Oncle Famous, l'ancien esclave, devisent de tout et de rien en pêchant le poisson-chat! On n'est parfois pas si loin de The night of the hunter, après tout, et l'ombre de Ford qui plane sur le film passe par le tissu de chansons et d'hymnes qui sont omniprésents sur la bande-son.

Et dans un des fils rouges du film, l'histoire de l'oncle Famous, se glisse une allusion, rare à l'époque, au KKK et à ses méthodes. On pourrait bien sûr montrer une certaine impatience devant le fait que cette histoire se finisse bien, ce qui n'a hélas pas été le cas de beaucoup de lynchages dans l'histoire des Etats-Unis, mais le courage du studio habitué à être une machine à rêves, est à souligner. Et Tourneur, qui a placé sa caméra dans autant de maisons, de portes entre-baillées que possible, finit par nous livrer une chronique de l'enfance universelle, qui nous semble bien proche de la vérité... Un vert paradis de l'enfance, situé assez souvent dans une nuit noire, un univers pas si tendre, et dans lequel tout pourrait arriver... s'il n'y avait ce bon pasteur Gray pour mener tout le monde.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur