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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 09:41

Yorgos Lanthimos ne fait rien comme tout le monde, décidément. Après avoir proposé des radiographies méchantes de familles dysfonctionnelles (on ne souvient en particulier de Dogtooth et de son atmosphère hallucinante de huis-clos glaçant) il continue dans cette voie en s'intéressant à une sorte de triangle amoureux historique, et à la lutte de pouvoir qui s'y déroule... Il s'appuie sur les personnages de la Reine Anne et de sa confidente, la belle Sarah Marlborough, épouse d'un ministre d'une part, mais aussi et surtout, nous dit le film, première ministre officieuse... vers le mieu du règne de la monarque, une jeune servante, Abigail Hill, a commencé en effet à supplanter la belle aristocrate dans les faveurs de la Reine.

Anne (Olivia Colman) est essentiellement une Reine détachée des affaires, trop préoccupée de ses lubies et de ses soucis grandissants de santé. Sarah (Rachel Weisz) tient donc fermement les rênes du pouvoir, sans que quiconque (pas même Lord Godolphin, premier ministre en titre) ne songe s'en émouvoir ou s'en offusquer. C'est qu'elle a une guerre à accomplir! Pendant ce temps, l'opposition Tory menée par lord Harley (Nicolas Hoult) essaie de trouver un angle pour affaiblir le pouvoir. C'est à peu près à ce moment qu'arrive Abigail Hill (Emma Stone), noble tombée en disgrâce, venue trouver un travail de servante auprès de la Reine. Mal accueillie, vite soucieuse de se venger de l'attitude hautaine de Sarah, Abigail a trois atouts: une sexualité peu regardante, une réactivité impressionnante et surtout, elle connait un secret d'état qui peut l'amener loin, très loin: elle sait tout de l'amitié réelle de la reine et de Sarah...

Traité comme une comédie grinçante, le film nous entraîne avec brio dans les arcanes du pouvoir, en se concentrant le plus souvent sur les chicaneries et les escarmouches, en mélangeant au fur et à mesure de chapitres, les points de vue: certains chapitres en effet penchent du côté de Sarah, d'autres d'Abigail... La personnalité presque monstrueusement excentrique de la Reine (Olivia Colman joue le rôle constamment au bord de la caricature), constamment hors-jeu, joue beaucoup à installer un malaise pathétique au lieu de forcer vers la caricature. Mais c'est la confrontation entre les deux autres femmes qui est le plus passionnant du film...

Lanthimos utilise à merveille les décors luxueux de Hatfield House et des angles distordus par des lentilles extravagantes. L'idée souligne justement l'idée d'un point de vue extérieur, tout en nous invitant à prendre le film comme ce qu'il est: une distorsion de la réalité historique, dans laquelle les anecdotes ont été retravaillées. Et il choisit une position de caméra souvent basse justement, afin d'accentuer l'impression du spectateur d'assister à une série d'événements auxquels il n'aurait pas du être convié. Bref le film choisit une voie constamment éloignée de l'académisme en vogue dans ce genre de reconstitution historique. Et les acteurs et actrices s'amusent d'un dialogue d'une méchanceté sans égale...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yorgos Lanthimos