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21 février 2020 5 21 /02 /février /2020 11:13

L'homme est-il un loup pour l'homme... Ou un husky? ans ce remake du film The thing from another world de Christian Nyby, ou plutôt de Howard Hawks, Carpenter s'amuse à renverser le postulat du film initial, et signe un remake qui aurait pu être rudement intéressant... Si l'époque n'avait pas été à la surenchère des effets spéciaux. Parce que que s'il y a un mot qui me vient à l'esprit à propos de ce film, c'est... "trop".

Dans une base polaire de l'armée Américaine, un groupe de douze hommes trompe son ennui, jusqu'au jour ou ils ont une visite peu banale: un husky en fuite, poursuivi par un Norvégien en hélicoptère qui ne lésine pas sur les moyens de l'abattre: fusil, mais aussi grenades! Se sentant menacés, les Américains tuent l'intrus, et recueillent le chien...

Mauvaise idée.

Quand ils veulent ramener le corps du Norvégien à sa base, les Américains ont la surprise de tout découvrir dévasté, de tomber nez à nez avec d'étranges cadavres informes, et surtout de découvrir un sarcophage de glace vide. Les Novégiens ont trouvé quelque chose, mais quoi? Et surtout, où se cache "la chose"? ... ou plutôt, dans quel animal se cache-t-elle?

Devinez.

Dans l'original de 1951, "la chose" était un homme végétal ("A super-carrot", disait un protagoniste sans rire), nouvellement arrivé, ici l'équipe a décidé d'en faire un secret enfoui depuis des millénaires et désireux d'être retrouvé; de fait, la lecture initiale anti-communiste du film de Hawks était devenue obsolète. Hawks est un cinéaste que Carpenter connait bien, au point d'avoir fait un remake d'un autre de ses films (Rio Bravo) avec Assault on precinct 13; mais ici, s'il tend à montrer les hommes à leur meilleur quand ils travaillent, il nous montre surtout une humanité qui se mord la queue à force de ne rien faire, et surtout des hommes qui semblent n'attendre qu'un prétexte pour s'agresser... Des hommes dont la "chose" sera un révélateur de leur propre détestation: intéressant, surtout quand on sait la tournure qu'on pris les rapports domestiques entre les communautés de l'Amérique durant les trente glorieuses: donc, depuis la date de sortie du film de Hawks...

Celui-ci était grandiose pour son suspense naturel, et c'est ce qu'il y a de meilleur ici, cette dynamique de l'attente, rythmée par une musique de Ennio Morricone, qui est l'une de ses moins écoutables en soi, mais qui reste étonnamment fonctionnelle. Mais comme je le disais plus haut, en 1982, on demande du spectaculaire en matière d'effets spéciaux, avec transformation physique en direct, et là rien ne va plus. Car où voulez-vous placer des limites salutaires avec une créature qui se transforme à volonté, dont le but à peine caché est de rendre le film aussi dégoûtant que possible? Les avalanches de bestioles, de tentacules, de démembrements, achèvent de parasiter le film et son ironie.

Je vous vois venir: "aujourd'hui, avec les CGI, ce serait tellement mieux". Ne dites pas de bêtises: les CGI, ces sales petites bêtes qui ont envahi la vie de notre cinéma, ont ceci de particulier qu'ils sont tellement bien faits... qu'on les repère tout de suite, et qu'on n'y croit pas une seule seconde. Non, le  modèle à suivre, en 1982, aurait été Alien ou Jaws: limiter au strict nécessaire le recours à la vision de la créature. Hélas! Si les deux films en question ont de toute évidence eu une influence sur la production de Carpenter, l'air du temps et la tentation du monstre partout, ont eu raison de ce qui aurait pu être bien plus qu'un simple remake consommable.

 

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Published by François Massarelli - dans John Carpenter