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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 10:11

Un bateau contenant une expédition scientifique aborde l'îlot Dumont D'Urville, situé au beau milieu de l'océan, et vide d'habitants... sauf trois personnes: Anna (Germaine Rouer), une Bretonne qui s'est exilée, et qui tient un paradoxal café pour les marins de passage, avec son mari et son fils. Le mari est un ancien marin, qui n'a plus toute sa tête...

Le but de l'expédition scientifique menée par Arlanger (Robert Le Vigan) est de ramener du minerai de radium, mais il va falloir très vite se rendre à l'évidence: il n'y en a pas, les hommes sont arrivés sur une fausse information... Mais l'équipage s'en fout, tous les hommes ne pensent qu'à une seule chose toute la journée, rejoindre le café et écouter les chansons de la femme... Surtout le lieutenant Robert Jacquet (Jean-Pierre Aumont) qui est d'ailleurs dans cette expédition par dépit amoureux...

C'est un film mutilé, d'ailleurs sorti sous un autre titre, Ile perdue... Epstein s'est vu déposséder du montage, selon un schéma qui s'est reproduit bien souvent dans sa vie. Ce film faisait pourtant partie de sa veine "commerciale", ces films qu'il a tournés pour d'autres afin de pouvoir continuer à financer ses projets "Bretons"...

Et justement, la touche d'Epstein, dans ce film, ce sont les plans qui nous montrent l'austérité des lieux, des rochers peu accueillants à perte de vue, d'ailleurs probablement à Ouessant, comme Finis Terrae (1928), son premier film Breton "en liberté"... Les hommes qui arrivent sur cet île avec un idéal, quel qu'il soit (trouver du radium, oublier l'amour, se faire aimer d'Anna, se perdre dans les beaux yeux d'une femme idéalisée) se trompent tous, et paradoxalement, le plus raisonnable est sans doute le plus désagréable des hommes, le mécanicien agressif et querelleur (Charles Vanel), qui se moque du romantisme des autres et essaie de séduire aussi lourdement que possible Anna. Il n'y arrivera pas non plus, il mais il agira comme un révélateur de la perte des repères de ces hommes...

Et le cinéaste se perd dans les visions lyriques des ces vagues, ces embruns et ces plans de tristesse sauvage et de rochers... Il savait capter la détresse d'hommes qui ont plus ou moins confusément choisi leur destin en restant dans des îles à y faire un travail ingrat, et nous le rappelle ici en filmant la mélancolie profonde des marins et des trois habitants de l'île. Cela étant, on admettra que Germaine Rouer, priée de figurer la tristesse infinie de l'exil volontaire, en fait trois fois trop en adoptant une diction à la Alain Cuny...

Mais l'ironie est profonde, et les hommes vont presque tous en souffrir: Arlanger, par exemple, va devenir fou après avoir falsifié les journaux de bord, et envoyé à ses commanditaires des messages uniformément positifs alors qu'il n'a rien trouvé. Jacquet va maladroitement tenter de séduire Anna, ce sera un échec... Le mousse va se suicider... Et le mécanicien, lui, va tuer un homme. La fin peu glorieuse des illusions romantiques, donc.

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Published by François Massarelli - dans Jean Epstein