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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 15:56

Un architecte Anglais rêve de construire un nouveau Taj Mahal, et se retrouve tout à coup face à un énigmatique Yogi qui s'est introduit, ou plutôt matérialisé, dans son salon, et lui propose d'honorer une commande de son maître, le Prince Ayan, richissime Rajah Indien. Celui-ci souhaite construire un tombeau pour son épouse. Herbert Rowland accepte le marché, sans savoir qu'il a mis le pied dans un engrenage fatal de violence, de trahison, de mort... Il ne sait pas non plus, par exemple, que la femme dont il doit construire la tombe n'est en réalité pas morte. Du moins pas encore...

On a surtout retenu de la production de ce film, première des trois adaptations du roman de gare de Thea Von Harbou, que Fritz Lang (qui avait co-rédigé le script auprès de Von Harbou) aurait du le réaliser, mais que son patron Joe May lui avait ravi l'aubaine... On lit souvent aussi que le film est médiocre, ce qu'il n'aurait pas été si... etc etc. Bon, d'une part, c'est Lang lui-même qui a répandu ces notions, avec insistance. D'autre part, j'admire Lang mais il a aussi sa part de films médiocres, parmi lesquels sa version de 1958 de ce même roman tient probablement la palme du navet! Je ne le dirais d'ailleurs pas de cette version, qui fait quarante minutes de plus que le diptyque de Lang.

Venu de Von Harbou et scénarisé par Lang, c'est donc une histoire de vengeance compliquée, dans laquelle on suit les manigances de Ayan (Conrad Veidt), rajah trompé par son épouse (Erna Morena). Il souhaite lui faire payer d'avoir eu une aventure avec l'aventurier Mac Allan (Paul Richter), sous les yeux horrifiés de Rowland (Olaf Fonss) et de sa fiancée Irene qui l'a suivi jusqu'en Inde (Mia May).

Divisé en deux parties, le film épouse dès le départ, et pour trois quarts de sa durée, le rythme imposé par Bernhard Goetzke, qui interprète Ramigani le Yogi. Un personnage qui mobilise toute l'attention sur lui à chaque fois qu'il apparaît, et qui apporte un élément important du film, la magie: c'est en efet par sorcellerie qu'il s'introduit chez Rowland, ou qu'il guérit ce dernier de la lèpre. Mais il est aussi une certaine forme de caution morale pour le dangereux rajah, choisissant d'abandonner celui-ci quand sa soif de vengeance commence à faire des victimes tous azimuts! Un septième personnage retient notre attention, et elle aussi va disparaître tragiquement avant le dernier quart: la petite esclave Mirjanna (Lya de Putti) sert de liaison entre Mac Allan et sa maîtresse la princesse... May s'est finalement beaucoup plus intéressé à elle, ainsi qu'à Ramigani et Ayan, beaucoup plus qu'aux amants maudits... 

La présence de Fonss et de Mia May permet au film d'être une plongée de deux occidentaux dans les grands mystères de l'Inde, au milieu de décors malins. Les Alpes figurent un Himalaya d'une grande beauté, et les eaux de lacs Allemands se voient tout à coup infestés de crocodiles. Tout y est, des éléphants aux tigres, en passant par les serpents et bien entendu les grottes de lépreux. C'est une Inde de fantasmes, un pays d'évasion qui a le parfum incroyable de l'aventure... Si on attrape le rythme du film, il se déroule assez majestueusement jusqu'à une poursuite finale assez haletante. Du dépaysement, en quelque sorte, la spécialité des films monumentaux à épisodes de Joe May qui régnait alors en maître incontesté du cinéma populaire Allemand avant le déferlement de l'avant-garde... et l'avènement de Fritz Lang. Celui-ci est pourtant présent ça et là, à travers une histoire qu'il a fait sienne au point d'en répéter les éléments et contours (la danse de mort, les grottes, les dangers hérités du pulp...) durant toute sa carrière. Les signes cinématographiques (une bague chargée de sens, des traces sur une berge...) sont autant de petites touches proches de celles que Lang et Von Harbou dissémineront plus tard dans tant d'oeuvres...

 

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Published by François Massarelli - dans 1921 Muet Fritz Lang Joe May