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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 08:46

Mark Hogancamp vit une vie héroïque par procuration: son double Hogie est une poupée, un officier Américain qui lutte en Belgique contre l'occupation nazie durant la seconde guerre mondiale dans la ville de Marwen, totalement inventée. Il est fort et remporte des victoires décisives contre les affreux nazis grâce à ses assistantes, un groupe de poupées, toutes inspirées des femmes qu'Hogancamp rencontre dans sa vie de tous les jours... En réalité, il est artiste: photographe, il utilise des poupées pour créer de toutes pièces un univers dans lequel il se projette. Comme lui, Hogie aime à chausser des talons... Auparavant il dessinait, mais un drame l'a privé de son talent initial. Ivre, il a été passé à tabac par un groupe de cinq hommes, qui ont vu en lui un homme contre-nature... Depuis il a perdu tous ses souvenirs d'avant l'accident et cherche à se reconstruire. Mais la progression de l'affaire en justice ravive la douleur...

C'est un flop monumental, qui est aussi un film typique de Zemeckis: un mélange virtuose de prises de vues réelles et d'effets spéciaux (motion-capture essentiellement) pour nous faire vivre les aventures délirantes et délicieusement surannées de Hogie et de ses drôles de dames. Zemeckis choisit de nous plonger dès le départ dans l'univers de Mark, un homme rongé par le mal qu'on lui a fait, et qui ne survit que grâce à cet univers parallèle qu'il s'est créé. Le flop s'explique sans doute parce que les gens attendaient un produit plus formaté, mais le réalisateur ne s'est pas privé de pousser le bouchon, aidé il est vrai par le saugrenu de ces aventures vécues par des poupées de plastique, dans un monde où les nazis sont hautement inflammables, mais ont une furieuse tendance à revenir d'entre les morts...

Le personnage principal, joué avec une extrême précision et une grande sensibilité par Steve Carell, est touchant, et le film sous couvert de nous faire découvrir l'univers spécial de Marwen (un nom qui renvoie au passé de Mark et qui est expliqué durant le film) est essentiellement la chronique d'une névrose, dans laquelle Mark Hogancamp joue littéralement sa survie et son éventuel retour dans la vraie vie, sous les yeux patients et prudents de quelques femmes, notamment Nicol, la belle voisine (Leslie Mann) qui est intriguée par le bonhomme.

Une fois de plus (Death becomes her, Cast away, Flight, Allied, What lies beneath...) Zemeckis laisse la noirceur envahir son film, et sous couvert de magie cinématographique et sous un vernis d'humour un peu brut de décoffrage, nous conte le quitte ou double d'un être humain. C'est courant dans ces films, on n'a rien sans rien, et beaucoup à perdre... Mais la façon qu'il a de traduire en pure création cinématographique les vicissitudes de l'existence en fait un auteur authentique, riche et passionnant. Y compris avec ce film à la mauvaise réputation... Il y développe une fascinante approche décalée du mal-vivre, à travers le regard d'un personnage, un thème hautement cinématographique, chez Zemeckis comme chez Spielberg et Hitchcock ET on y explose les nazis, ce qui est particulièrement bienvenu par les odieux temps qui courent.

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis