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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 10:45

L'Enfer de Dante, oeuvre majeure à n'en pas douter, a subi le flirt du cinéma dès 1911, à travers l'un des tous premiers longs métrages, à une époque où l'industrie n'avait pas encore réussi à compartimenter les films en fonction de leur durée. La version Italienne, donc, pionnière e bien des points, établissait dès cette époque qu'il convenait de suivre les illustrations magistrales de Gustave Doré, entre autres choses. Mais contrairement à cette version Fox de 1924, c'était une adaptation du texte de Dante, et non une extrapolation moderne...

Le vieux et richissime Mortimer Judd (Ralph Lewis) subit des assauts répétés: les pauvres gens qui vivent dans ses logements se plaignent de leur insalubrité, et pour toute réponse il les envoie se faire voir ailleurs; son fils lui reproche son avarice, et le père lui renvoie la balle et le traite de fils prodigue; son épouse est malade et coûte de l'argent, il l'envoie promener elle aussi... Un voisin, ruiné à cause lui, lui envoie symboliquement un exemplaire de L'Enfer de Dante, illustré par Gustave Doré, pour lui faire la leçon. Alors qu'il le lit, absorbé, un démon apparaît et le conte prend vie...

Tout le film est situé sur une nuit, et c'est l'un des aspects les plus frappants: l'histoire moderne et les évocations poétiques de Dante aux enfers partagent une même dominante sombre dans laquelle les techniciens et décorateurs de la Fox ont créé un monde étonnant, qui dans les copies douteuses qui circulent aujourd'hui vire au chaos impressionniste involontaire... L'intention était bonne, bien sûr, mais le côté édifiant de cette histoire dans laquelle on retrouve plus d'une trace de A Christmas Carol de Dickens valait-elle le déplacement? 

A n'en pas douter, la présence d'une histoire moderne s'explique sans doute par le fait qu'elle permet de mettre en perspective l'oeuvre de Dante. les scandales de 1921-1923 sont passés par là, le cinéma est sous une constante observation des ligues de décence, et la permissivité des films "artistiques" des années 10 n'est plus de rigueur. Pas sûr que si la Fox avait produit en cette même année 1924 son Cleopatra, A daughter of the Gods ou encore Queen of Sheba, ils auraient pu être montrés! Donc un voyage aux enfers avec des gens tous nus partout, c'était mal parti... Quoi qu'il en soit, le film est presque devenu une cause célèbre de la cinéphilie obscure de l'internet: une oeuvre, au moins partiellement, conservée (contrairement aux trois films cités plus haut), mais disponible dans des copies dégoûtantes, et dont on aimerait voir une meilleure version puisque la Fox avait mis le paquet dans des recréations des planches de Doré, qui doivent valoir le coup d'oeil si on en croit les images de plateau... en sachant que nous serons immanquablement déçus car franchement, en tant qu'oeuvre cinématographique ce n'est pas terrible!

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Mettons-nous tous tout nus