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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 10:21

Le film commence, sans un gramme de musique, par des vues de Nrooklyn, New York; c'est l'été, et la caméra prend son temps pour nous détailler les activités des nombreux citadins pour tromper la chaleur. Ce sont des vues documentaires, et il faudra attendre trois minutes, après un générique silencieux (avec toujours ces images volées en toile de fonds) pour entrer soudainement dans le vif du sujet: un cambriolage.

Trois hommes entrent dans une banque, avec des hésitations. Deux d'entre eux (Al Pacino, John Cazale) ont l'air plus déterminés que le troisième (Gary Springer), qui va très vite se dégonfler et lâcher ses copains. Dès ce moment, ça vire au désastre: les deux hommes qui restent dans la banque alternent entre menaces caractérisées et gaucherie embarrassée (Sonny, le personnage principal incarné par Al Pacino, se fait le spécialiste de ces allers et retours entre maladresse et agression), ce qui les rend très vite moins dangereux aux yeux de leurs otages; la banque est quasiment vidée de tout son argent: on les avait mal renseignés; si le personnel de la banque est plutôt coopératif (leurs salaires respectifs ne justifiant pas, disent-ils, l'héroïsme!), les bourdes s'accumulent, et parmi les citoyens coincés dans la banque, on compte un asthmatique et un diabétique... Par dessus le marché, quelqu'un (qui? on ne saura pas) a prévenu la police et le cambriolage raté ressemble à un siège, avec couverture médiatique...

Et bien sûr, on débouche, avec ces deux gangsters ratés et novices, mais si touchants, sur un syndrome de Stockholm premier choix: les efforts des négociateurs pour obtenir la libération de certains otages virent à l'échec quand certaines caissières refusent de sortir pour ne pas lâcher leurs collègues, voire assistent volontiers les malfaiteurs dans leurs demandes! Sale temps pour le sergent Moretti (Charles Durning), qui tente de superviser le travail de police, sous l'oeil glacé d'un barbouze du FBI (James Broderick) et sous l'oeil encore plus inquisiteur des caméras, et d'une foule de passants qui tend de plus en plus au fur et à mesure de l'évolution de l'incident, à se ranger aux côtés de Sonny (Pacino) et Sal (Cazale), les bandits dont on finit par se dire qu'ils ne feraient pas de mal à une mouche...

Prenant son sujet dans la matière brute des faits divers fameux, Lumet livre un film fascinant, et qui a fait date: authentique par certains côtés, et orienté à gauche, tourné trois ans après les faits, il en devient un portrait au vitriol d'une Amérique qui marche sur la tête, coincé entre la blessure du Vietnam et les égarements Reaganiens. Le film est bien sûr la chronique d'un fait de police, raconté par le menu, avec assez peu de points de vues à explorer, et le metteur en scène combine avec bonheur un style urgent, fondé sur des plans séquences et un tournage à plusieurs caméras comme à la télévision, et un art du montage qui culmine dans des soudaines successions ultra-rapides d'actions, d'une exemplaire clarté. Sa direction d'acteurs fait la part belle aux personnages, laissant chaque interprète mener la barque à sa guise, et bien sûr le film est tributaire de ces interprétations: toutes sont virtuoses (en particulier Cazale, déjà malade, et qui n'allait pas tarder à nous quitter), avec bien sur un (léger) bémol: Al Pacino est-il capable de ne pas en faire trop? Je pense que nous connaissons la réponse.

Mais sa tendance à l'excès sert le film, surtout lorsque comme dans la vie, le personnage de Sonny, qui vit à cent à l'heure, dépasse le raisonnable: embarqué malgré lui dans la spirale de l'échec, Sonny rappelle vocalement aux policiers face à lui que quelques mois auparavant, une émeute en prison a été résolue par le gouverneur de New York avec un massacre, résultant en la mort calculée d'un certain nombre d'innocents. C'est ce cri d'Attica lancé par le personnage (en référence donc à la tuerie de la prison du même nom) qui va commencer à cimenter la sympathie du public pour Sonny et son complice. Alors que l'homosexualité du personnage, révélée durant la deuxième partie du film, et d'ailleurs essentielle au personnage et au film, va diviser non seulement le public mais aussi la police. C'est à porter au crédit de Lumet d'avoir choisi de ne pas suivre la tendance obsessionnelle du cinéma classique de diaboliser l'homosexualité, tout en réussissant à ne pas la réduire à un aspect pittoresque et démagogique. Enfin, une chose est sûre: le film fait la part belle à un esprit anti-flic, anti-establishment, devenu courant dans la population de 1972, et qui s'est sans doute aggravé au moment du tournage du film! C'est même l'un des sujets de Dog day afternoon: prendre le pouls d'une Amérique qui ne croit plus ses élites et qui questionne ses forces de l'ordre à l'heure où le gouvernement envoie les gamins se faire bousiller au Vietnam pour rien. Si Sal, le complice de Sonny, n'est pas un vétéran (du moins du Vietnam, il est en effet un vétéran du crime minable et a souvent fait de la prison, ce qu'il mentionne), Sonny, lui, revient du Vietnam.

Et Lumet, en même temps qu'il fait un de ces films-coups de poing, qui place le spectateur au milieu d'une tempête, ne se contente pas de réaliser une adaptation d'un fait divers objectif baignée dans la beauté de l'urgence, il se livre aussi à une magistrale critique des médias, à travers le rapport presque télévisuel qui s'établit entre Sonny et Sal, aidés en quelque sorte par leurs otages, la police (des centaines de policiers, de snipers, de membres du FBI massés devant la banque, et le public. Un public versatile, changeant, et contradictoire: applaudissant ou huant selon les convictions, qui la police qui les preneurs d'otage, qui le FBI, qui les gays qui viennent afficher leur soutien à Sonny. Et celui-ci, mis en relation avec des journalistes, de découvrir avec un enthousiasme juvénile sur un petit écran dans la banque, qu'il est en direct à la télévision... Une préfiguration thématique du film Network, dont le jet de vitriol sera cette fois destiné sans ambiguité aux médias Américain.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Sidney Lumet