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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 11:58

CRITIQUE MILITANTE

Pour commencer, on évacue le tout-venant: cette comédie, qui imagine l'arrivée d'un musicien absolument raté dans un univers parallèle où les Beatles (et pas seulement les Beatles, d'ailleurs) n'auraient jamais existé, est une jolie idée qui a été soufflée à Richard Curtis, scénariste intéressant mais cinéaste sans grand talent, qui a eu la bonne idée de la confier à Danny Boyle qui venait de mettre en scène un cas de médiatisation formidable dans Slumdog Millionnaire... 

Jack Malik (Himesh Patel), musicien raté, devient donc "le" compositeur de She loves you, Let it be, Yesterday ou Hey Jude (devenue sur les conseils avisés d'experts de la vente de musique en gros Hey Dude!), dans un monde où on le prend pour un génie... Ca va, vous vous en doutez, changer sa vie, mais pas trop vite non plus, les "nouvelles" chansons devant passer par le processus de médiatisation du web qui est désormais le cheminement de tout artiste...

Le truc du monde parallèle est évidemment un procédé facile et assez courant (il n'y a pas si longtemps, un film français imaginait un univers parallèle très séduisant puisque Johnny Hallyday n'existait pas: une perspective qui fait rêver), dont l'équipe a le bon goût de ne pas abuser, et même à un moment, de s'en débarrasser... et puis les acteurs sont bons et bien dirigés, voir plus haut. Danny Boyle a ainsi pu tempérer la tendance à la facilité et au verbiage des personnages des films de Curtis. Le portrait d'une industrie musicale dans laquelle on marche sur la tête, globalement, est mordant, même si le film s'assure la complicité d'un chanteur authentique pour figurer l'industrie du spectacle, Ed Machin, qui a l'air de ne pas avoir un gramme de talent spécifique. je n'avais jamais entendu parler de lui, je n'entendrai probablement jamais plus parler de lui, et tout est pour le mieux. Mais l'humour est aussi présent: par exemple, en entendant pour la première fois une chanson de Beatles (qui donne son nom au film), un personnage assure qu'il ne faut pas s'emballer: "c'est moins bien que Coldplay", ce qui en soi est non pas une critique des Beatles mais bien une pique adressée au mauvais goût... Un autre gag drôle et relativement subtil est à trouver dans le fait qu'après avoir constaté en cherchant sur Google que le mot Beatles n'aboutit à aucun résultat, il a la curiosité de chercher le groupe Oasis. Il n'est pas surpris de faire, également, chou blanc...

Car oui, dans ce film drôle, fantaisiste et qui reste jusqu'au bout une excellente comédie sentimentale, on imagine effectivement un monde dans lequel non seulement les Beatles n'ont jamais existé, mais aussi dans lequel l'industrie musicale n'a jamais eu l'opportunité de changer pour accommoder les désirs légitimes d'artistes exigeants, comme les Beatles qui ont pu par exemple à partir de Rubber soul, contrôler leurs albums de A jusqu'à Z. Ils étaient les premiers, sans eux, l'industrie musicale était réduite à des labels qui vont dicter aux musiciens le titre, la pochette, le devenir d'un disque, comme dans cette scène qui voit un patron de label imposer un double album à son artiste, qui vient de lui apporter du reste plusieurs chefs d'oeuvre qui assoient tout le monde.

Alors j'admets, mais très mollement, qu'il y aura probablement des gens qui verront ce film et qui feront la fine bouche, en disant un truc du genre "oui, bon les Beatles, moi tu sais..."

Tant pis pour eux.

Et d'autres qui ne rigoleront pas du tout en entendant la comparaison entre Lennon/McCartney et Coldplay...

Tant pis pour eux aussi. Non, le message du film, et il aurait je pense été fonctionnel avec n'importe quel artiste qui a eu un succès phénoménal, c'est qu'on a besoin de musique, de chansons aussi, d'une certaine exigence dans notre vie. On trouve ces chansons, cette musique, cette exigence dans les chansons des Beatles, et le monde de 2020 est façonné au moins pour une petite proportion par le passage de ces quatre météorites conjointes entre 1960 et 1970. De même que sans Sidney Bechet, Louis Armstrong, Duke Ellington ou Jelly Roll Morton, on ne parlerait pas de jazz aujourd'hui, et peut-être pas non plus... des Beatles! Pour finir, le film assume son statut de comédie pop, en nous montrant une scène au cours de laquelle Jack, subjugué, rencontre un vieil homme de 78 ans, à l'existence modeste, qui a fait sa vie sans heurts ni spectaculaire et qui s'appelle... John Lennon. celui auquel Paul McCartney (en 1982) dédiait ces mots: I really love you and was glad you came along. Celui aussi qui a dit "the Beatles are just a band, a band that made it very very big, that's all".

Bref, peu importe les artistes: on a besoin de ces gens dans nos vies, et le mode de fonctionnement de cet art mineur majeur qu'est la chanson (la pop, le rock, appelez ça comme vous voulez) est effectivement en danger aujourd'hui. Ainsi, quand deux autres rescapés du même univers parallèle que Jack le rencontrent, au lieu de lui reprocher son acte de piraterie insensé (ce que lui se reproche tout le temps), ils... le remercient d'avoir reconstitué cette part essentielle de leur vie.

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Published by François Massarelli - dans Musical Comédie