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14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 10:10

Un couple adultère (Walter Pidgeon, Gloria Stuart) s'apprête à passer une bonne soirée... quand le mari (Paul Lukas) survient, et tue son épouse. Il téléphone à la police, et attend sagement qu'on l'arrête. C'est son ami, l'avocat Paul Held (Frank Morgan) qui doit le défendre. celui-ci voit justement dans l'expérience de son client une situation qui lui paraît familière: il va acquérir la certitude que Maria (Nancy Carroll) son épouse, le trompe. Il entend bien se servir du procès comme d'un galop d'essai, qui le libérerait pour commettre, à son tour, le même meurtre...

Nous voilà devant un film noir, ou en tout cas un proto-film noir, qui ne ressemble pas du tout à ce qu'on attendrait... Whale, en maître de la narration en images (le prologue est formidable, majoritairement muet, et marqué par un plan-séquence virtuose et esthétiquement très travaillé), a conçu son film avec essentiellement l'envie de le situer d'une part au niveau des sentiments et de leur matérialisation physique, ainsi la scène qui va révéler aux deux maris (l'un en flash-back, l'autre en continuité) que leurs épouses les trompe, est une scène qui parle de désir, de préparation sensuelle, et de frustration: la mari voit son épouse s'apprêter pour sortir, et prend la minutie de ses gestes de travers: quand dans les deux cas le mari se précipite sur son épouse pour un baiser fougueux, il est repoussé... La préparation est donc pour un autre. 

D'autre part, le metteur en scène de Bride of Frankenstein s'amuse... à nos dépens, et à ceux de ses personnages masculins: le miroir, énoncé dans le titre, est donc un champ de bataille, et pour une large partie du film, une défaite de l'homme, mis à terre par une certaine dose d'humiliation. Bien sûr, on aurait aujourd'hui une toute autre lecture, à la lumière des moeurs du 21e siècle. Mais Whale, lui-même foncièrement sceptique à l'égard des femmes (toute son oeuvre jusqu'à 1935 tend à le démontrer), leur donne ici un rôle particulièrement négatif. Ce qui passe, car le film prend parfois des atours de comédie, et à la suite du chemin de croix de Frank Morgan, tend aussi à nous montrer l'homme émasculé, et réduit à s'en remettre à des objets de substitution, des armes donc.

Et au milieu de ce baroque film profondément caustique, il dresse aussi des portraits formidables, celui des assistants de l'avocat en particulier: un vieux clerc alcoolique au verbe narquois (Charley Grapewin), et une grande avocate, légèrement disgracieuse selon les canons de 1933, et qui affiche une assurance telle de ne jamais trouver l'âme-soeur, que quand on connaît bien l'oeuvre de Whale, on saura lire entre les lignes...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code James Whale