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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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16 avril 2021 5 16 /04 /avril /2021 08:27

Un couple marié, formé d'un homme d'affaires d'un certain âge et de sa jeune épouse, se rend à Java: John Sterling (Lewis Stone) entend y sélectionner un thé pour future importation, et donc il y va pour des raisons o ne peut plus sérieuse... Mais Lillie (Greta Garbo) se laisse prendre parle romantisme de la croisière pour se rendre à Java, et voudrait bien partager un peu de ce romantisme avec son mari... De son côté, un potentat local, le Prince de Gace (Nils Asther), propriétaire puissant de nombreuses terres où l'on produit justement du thé, a bien compris comment le couple fonctionnait, et est prêt pour sa part à remplacer John auprès de Lillie...

C'est de prime abord un ensemble de fadaises et de lieux communs savamment orchestrés les uns avec les autres: Greta Garbo s'st souvent plainte, avec raison, du fait qu'on ne lui faisait pas interpréter de rôles intéressants à la MGM durant l'époque du cinéma muet. Sans me faire totalement l'avocat du diable (le film est quand même volontiers routinier), j'observe que la caractérisation de Lillie est à l'écart des clichés habituels. On fait généralement de Garbo une vamp morne et maussade? Lillie est enjouée. Elle "vant to be alone" tout le temps? Non, Lillie souhaite avoir de la compagnie... Et sa sensualité est ici totalement soumise à sa jeunesse et son amour... Bon, ce sont aussi des clichés, à n'en pas douter, mais ils tranchent au moins sur les habitudes!

Et puis le film, sous couvert de cocher toutes les cases du drame sensuel bien dans l'esprit de l'époque (avec sa dose de racisme bien assumé, dans la représentation du 'prince' et sa promesse d'être un amant bien supérieur à ce pauvre John qui s'endort dès que sa tête touche l'oreiller), le film rejoint le narquois Foolish wives dans la satire d'un peuple Américain en proie à l'oubli de ses sens... Si le "Prince" représente en cochant toutes les cases possible le fantasme ultime, jusqu'à la brutalité, de l'épouse insatisfaite dans l'esprit de l'époque, John Délaisse son épouse, malgré toute la tendresse dont il est capable (ah, ces amoureuses caresses sur la joue, ces sensuels tapotements du dos de Lillie!) quand elle, au contraire, fait tout ce qu'elle (et Adrian, le couturier de la MGM) peut pour attirer son attention: la garde-robe très étudiée de Garbo est ici, comme souvent, une savante étude de "jusqu'où, et comment, déshabiller la star tout en la rendant présentable pour le bal"... Avec une mention spéciale pour les dos nus et plongeants. Bref, l'homo Americanus est ici ciblé et accusé de négligence sexuelle, dans ce film à vocation familiale...

Et Sidney Franklin, dans tout ça? Le valeureux vétéran fait plutôt bien son boulot, si tant est qu'il ait eu une once de liberté, au vu du fonctionnement industriel du studio. Il est célèbre pour des films à intrigue sentimentale, et ses meilleurs films étaient les comédies avec Constance Talmadge: il y retrouve instinctivement cette manière de filmer à hauteur de personnage, qui sait jongler avec les points de vue. En témoignent de nombreuses scènes qui sont autant de passages de témoins, du Prince vers les Sterling, ou de Lillie vers John. La meilleure est traitée en deux plans superbes, et foncièrement économiques: Lillie vient de succomber à un baiser langoureux du Prince en l'absence de John... Mais celui-ci a vu tout un théâtre d'ombres chinoises en revenant au bungalow, donc il sait. Lillie quitte sa chambre pour rejoindre son mari dans le living-room, et pousse une porte: on voit donc Lillie, de dos, qui regarde son mari de dos qui se révèle une fois la porte ouverte. On coupe au contrechamp, cette fois c'est John qui est à l'avant-plan, inquiet et au fond on voit Lillie désemparée qui a compris que John la soupçonne de bien plus qu'un baiser...

Le film se résoudra dans une lutte conventionnelle mais efficace entre les deux hommes durant une chasse au tigre qui manque de devenir une battue à l'homme... Et John Comprendra-t-il enfin qu'il serait attendu qu'il montre un peu d'empressement vis-à-vis de son épouse? Réponse (mitigée) dans le film...

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Muet Greta Garbo