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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 08:49

A la fois un western, et un film noir... C'est une production indépendante de Milton Sperling pour la Warner, réalisée avec une tripotée de gens sous contrat au studio: Max Steiner, James Wong Howe, et bien sûr Raoul Walsh, qui a cette fois encore usé de toute sa surprenante science du genre (car il n'e a pas réalisé tant que ça!) et poussé le genre vers de nouveaux développements, inattendus et inoubliables...

Un enfant, Jeb Rand, est recueilli dans des circonstances dramatiques par une mère (Judith Anderson) de deux autres enfants, un garçon et une fille. Elle l'élève et si ce n'est une rivalité parfois inquiétante entre les deux garçons, la petite famille va vivre tranquille, à l'écart. Mais on en veut à Jeb, d'ailleurs il va subir une tentative d'assassinat encore adolescent. Pourquoi? Quel est le secret du jeune garçon, enfoui depuis l'enfance, et qui se cache derrière ce souvenir obsessionnel d'une paire d'éperons? Devenu adulte, toujours en conflit larvé avec son frère adoptif Adam, Jeb (Robert Mitchum) va être tenté par l'indépendance, mais il aimerait aussi se marier avec Thor (Teresa Wright), la petite soeur...

Largement plus nocturne que diurne, ce film situé au Nouveau-Mexique évite constamment de se limiter à une narration strictement linéaire, et on y suivra les flash-backs de diverses longueur, que le script de Niven Busch a parfaitement su limiter à l'essentiel et qui s'inscrivent admirablement dans l'ensemble; la photo crépusculaire est magistrale, et la tension installée par la menace permanente qui pèse sur Jeb, ainsi que par les questions fortes (qui est-il? pourquoi veut-on le tuer? qui est sa mère adoptive et quelle est sa part dans son malheur?), nous cloue littéralement au film... Et la division virtuelle d'un homme en deux entités conflictuelles, Jeb et Adam, est passionnante: l'un sera fermier et l'autre un héros. La rancoeur est inévitable...

A l'heure où la psychanalyse s'invitait dans le cinéma mais plutôt sous la bannière du film noir, on n'attendait pas qu'un western réussisse aussi magistralement l'exercice, mais c'est un fait: ici, le traumatisme a le bon goût de ne pas prendre toute la place, tout en ménageant une part non négligeable de travail pour le spectateur qui pourra prolonger les révélations s'il le souhaite car si le film pose des questions, elles amènent certes des réponses... Mais elles amèneront évidemment aussi beaucoup d'autres questions. Et le happy-end très rapide du film ne limitera en rien les spéculations...

Bref: un chef d'oeuvre de Raoul Walsh, certes moins enlevé que ses films de guerre de la même époque, et avec un héros bien différent de ses personnages incarnés par son ami Erroll Flynn, mais quelle réussite! Au fait, au générique, c'est Teresa Wright qui a la première place... Une situation qui n'allait pas tarder à changer pour Robert Mitchum. 

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh