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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 11:59

Michel (Gérard Philippe) a volé dans la caisse du magasin qui l'emploie, car il voulait satisfaire une envie de vacances de sa petite amie Juliette: celle-ci ne savait pas qu'il était un petit employé... Quand le film commence, il ne l'est plus, car son patron a porté plainte et le jeune homme est en prison. Il souhaite dormir car comme le dit un camarade c'est le seul moyen sûr d'évasion...

La porte de la prison s'ouvre, et il est dans les Alpes de Haute-Provence, à Entrevaux, une superbe citadelle médiévale. Mais aucun des autochtones qu'il rencontre ne semble connaître le nom du village. Quand il arrive au bourg, il demande après Juliette, mais personne ne semble la connaître. Un musicien des rues (Yves Robert) lui explique qu'il est au pays de l'oubli, où personne ne semble pouvoir fixer un souvenir, et que lui seul  le sait car la musique le maintient en phase avec son passé... Mais Juliette (Suzanne Cloutier) est là, et si elle ne le sait pas encore car elle ne se rappelle pas de lui, Michel est bien l'amour de sa vie. 

Sauf qu'il y a un autre personnage, plus inquiétant celui-ci, qui en veut à la jeune femme: le Prince Barbe-Bleue (Jean-Roger Caussimon) qui vit dans la citadelle, a décidé de faire de la jeune femme sa septième épouse...

C'est un bien étrange univers que celui de ce film, par ailleurs tourné dans un des plus beaux villages de France (non, je ne me prends pas pour Stéphane Bern, regardez vous même, vous verrez comment l'oeil du cinéaste, un homme qui aimait Murnau, Feyder et Lang, s'est emballé pour ce lieu magique et hautement cinématographique): on attribue souvent les mondes créés par Carné (et singulièrement ses plus magiques) à Prévert mais c'est le même univers, commun aussi bien aux Visiteurs du soir, aux Enfants du Paradis, au Quai des brumes, aux Portes de la nuit, et même à certains aspects de Drôle de drame qu'on retrouve ici: un amour impossible voire maudit, un destin plus que noir, un deus ex machina (incarné par Yves Robert, après Jean Vilar ou Marcel Herrand), une logique de l'absurde érigé en principe...

Mais Prévert n'est plus là, c'est bien Carné qui a imaginé cette intrigue avec George Neveux. Les dialogues ont le bon goût d'être souvent parfaitement efficaces, débarrassés de cette tendance du cinéma fantastique à vouloir tout expliciter de peur que le public ne comprenne rien! Pas de gratuité Coctalienne comme dans l'affreux La belle et la bête, non plus, ni perte de substance en cours de route comme dans les films de René Clair où le cinéaste semble avoir perdu la main dans les dernières demi-heures (Les Belles de Nuit, La Beauté du diable)... Non, Juliette est bien construit, et reste sur le même cap du début à la fin, à la fois onirique et même loufoque (ah, le garde-champêtre incapable de retenir le nom de Juliette, incarné par Delmont!), et profondément noir et désespéré. En ce jeune homme qui fait face à l'impossibilité de faire cohabiter le bonheur et l'amour, Carné a trouvé un nouvel avatar personnel. Et les artistes qui l'assistent ont un talent fou: Trauner et ses décors, Kosma et sa musique constamment appropriée, et Alekan dont la photo est sublime.

Si le film déçoit quand même un peu, c'est à travers le personnage de Juliette, qui donne pourtant son titre au film: volage, pour ne pas dire stupide, cette jeune femme oublieuse et pour cause (elle vit, pour la majorité du film, au pays de l'oubli) est quand même une sacrée gourde. Une fois de plus, l'homme se meurt d'amour pour une ombre, et la femme ne sort pas grandie d'un film de Marcel Carné...

 

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Published by François Massarelli - dans Marcel Carné Yves Robert