Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 11:07

En 1929, après une Passion de Jeanne d'Arc (qui a déplu au clergé, du reste), une Vie merveilleuse de Jeanne d'Arc (superbe film, qu'on aimerait voir refaire surface), voici un nouveau film consacré à l'une des nouvelles saintes: je vais le dire tout de suite, le statut de Sainte est un concept religieux qui m'est étranger. Par exemple, désigner le roi Louis IX sous le vocable de Saint Louis n'est en rien une démarche historique: je vais donc m'abstenir, à l'exception de cette phrase, de parler de Ste Thérèse de l'enfant Jésus (et de la sainte face, pour compléter son appellation officielle); d'abord parce qu'à mon sens ça ferait du tort à un très beau film...

Car si ce n'était qu'une commande de l'église pour l'édification orientée des masses populaires, il n'y aurait rien  en dire: une petite dame entre dans les ordres, tombe malade, meurt, et paf, elle est béatifiée (après un laps de temps raisonnable, s'entend)... On s'en fout, non? Comme du fait que, par exemple, Karol Wojtila soit considéré comme si formidable par tant de dévots: là aussi on s'en fout.

Non, l'intérêt est ailleurs: Duvivier, mystique convaincu dans les années 20 (et bien moins par la suite), s'était lancé avec pour appui la bienveillance de ses commanditaires (des producteurs de cinéma, les Vandal et Delac) dans une série d'oeuvres qui exploraient les confins de la foi: Credo ou la Tragédie de Lourdes, L'Abbé Constantin, L'agonie de Jérusalem, et La Divine Croisière étaient des films généralement de fiction, qui mettaient en scène la foi et son effet galvanisant. Ce nouveau film, accueilli avec enthousiasme par l'église (qui en 1929 était une entreprise florissante en pleine ré-ascension) et par le public, revenait donc sur la figure étrange de Thérèse Martin (1873 - 1897) dite Thérèse de Lisieux, une religieuse moderne, qui avait bravé à quatorze ans toute la hiérarchie Catholique afin de devenir religieuse au plus tôt, et avait emporté le morceau grâce à Vincenzo Pecci, qui était pape à l'époque sous le pseudonyme de Léon XIII.

Je répète: en soi, on s'en fout, alors? 

Duvivier, qui par ailleurs a décidé d'appeler son héroïne Thérèse Martin dans le titre, n'a rien d'un militant anti-clérical. Au contraire, son personnage l'a passionné de par sa foi même, par son fanatisme absurde, mais magnifique... Et a choisi de traiter le film d'une myriade de points de vue, car le sujet est non pas la foi, mais son effet sur l'entourage, et des fois, la foi, ça pique: la douleur du père, par exemple. La tristesse incommensurable des "soeurs" (je ne parle pas ici des vraies soeurs de Thérèse, qui toutes sont parties en religion, mais de ses consoeurs religieuses), devant la tuberculose carabinée et la souffrance de Thérèse... Parfois le point de vue sera aussi celui de la jeune femme, et la belle idée c'est d'avoir inclus ses doutes, car pour peser dans dans l'acte de béatification de la jeune Thérèse Martin, il y avait non seulement sa souffrance auto-infligée, mais aussi et surtout ses doutes, qui portaient sur l'existence ou non d'une vie éternelle...

Ces doutes sont mis en scène par Duvivier avec une intervention inattendue d'un diable grimaçant, qui nous rappelle qu'on est au cinéma, et pour lequel le cinéaste a fait appel aux meilleurs spécialistes des effets spéciaux, dont Percy Day: car comme d'habitude Duvivier voulait tourner sur les lieux mêmes de l'action, à Bayeux, à Lisieux, dans le cloître, voire au Vatican! Il s'en est sorti en utilisant une foule de procédés, dont des traficotages en matte painting de photos d'époque, qui achèvent de faire de ce film étrange une expérience unique: un pari fou, qui atteint son but, en s'approchant respectueusement en conteur d'histoire qui tend la main au pauvre profane que je suis, tout en respectant la foi de son sujet. C'était difficile, il fallait sans doute le faire: c'est fait. 

Par contre, la critique de l'époque s'est déchaînée sur le film... 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1929 Julien Duvivier Muet