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22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 11:22

David Golder (Harry Baur), faiseur de fortunes ou de misères à la bourse, richissime et redouté, est entouré de rapaces qui n'en veulent qu'à son argent, dont sa famille: son épouse Gloria (Paul Andral), qui vit toujours le plus loin possible de son mari, mène grand train de vie, et sa fille Joyce (Jackie Monnier) a pris l'habitude de l'argent. L'âge est là, et il a un malaise alarmant: son épouse profite de sa faiblesse pour lui annoncer que Joyce n'est pas sa fille. Il prend la décision de tout arrêter...

C'est le premier film parlant de Duvivier, et celui qui fait clairement la synthèse de son style acquis du muet. Le metteur en scène, qui a maintenu sa production de films muets chez Vandal et Delac jusqu'au bout des possibilités et de la patience de ses commanditaires, ne voulait pas passer au cinéma sonore, mais a été bien obligé: on voit avec ce film qu'il n'y perd ni son âme ni ses moyens... Le film est impressionnant, moins pour son interprétation qui est typique de 1930-1931 (on y parle volontiers lentement, sauf bien sûr Harry Baur qui est déjà remarquable, pour son premier rôle parlant) que pour un découpage typique de Duvivier: montage serré, utilisation de gros plans digressifs, compositions constamment inventives, et cette stylisation de l'espace par la lumière et l'ombre, qui le suivra jusqu'au bout de sa carrière. David Golder transpose l'assurance tranquille d'Au bonheur des dames dans le cinéma parlant...

Le film est, à sa façon, une ironique tragédie sur la fin d'un géant, tout en montrant un passage de témoin en guise de conclusion: Golder, qui n'a presque plus rien en revenant d'un voyage en Ukraine, donne tout ce qu'il a sur lui à un jeune immigrant qui lui rappelle sa jeunesse... Le jeune homme se rend à Paris, et envisage d'aller plus tard à New-York...

Ce final éclaire le film, qui souffre d'une réputation compliquée en raison de la présence de personnages jugés négatifs, issus de la communauté Juive, d'une diaspora qui va de Kiev à Paris en passant par Biarritz. Le final, avec son évocation d'un destin de parias condamnés à tout tenter pour survivre, nous renseigne sur le fait qu'avant d'être un sale type (ce qu'il est, la séquence d'ouverture le voit provoquer la ruine et le suicide d'un de ses "amis", Golder a été lui aussi un petit immigrant venu de nulle part sans rien qui a du se construire seul et se maintenir contre tous les écueils. Il est montré d'abord en financier et homme d'affaires, et accessoirement en juif. Duvivier (qui ne tombe pas dans les pièges caricaturaux de son époque, mais ne s'interdit pas non plus de prendre la complexité de la communauté Juive de front) ne pourrait de toute façon pas être soupçonné d'antisémitisme, son parcours parle pour lui. Le roman qu'il adapte, écrit par Irène Nemirovsky, effectue déjà avec acuité et sans prendre de gants une étude de moeurs, en choisissant de plonger le spectateur dans le quotidien richissime mais empoisonné de cette famille Juive dont le père se rend compte qu'il n'a quasiment que des parasites autour de lui, ce qui ne l'empêchera jamais d'aimer sa fille plus que tout.

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier