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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 10:58

Un, deux, trois : dès le titre, justifié ça et là par les ordres mécaniques et survoltés aboyés par Jim Mac Namara à ses subalternes, on a l’idée d’un rythme collectif, d’une sorte de danse qui devient rapidement éffrènée : ce film est le plus volontairement burlesque et mécanique de Wilde, mais aussi l’un des plus froids, à l’égard de ses personnages, s’entend : qui va-t-on pouvoir aimer dans cette histoire? C’est aussi, paradoxalement, un film à raccrocher à A foreign affair, parce qu’il a été tourné à Berlin, mais le Berlin de juste avant le mur, celui des zones, de la corruption, de la fuite par la porte de Brandebourg, un monde qui au moment de la sortie du film aura disparu, mais qui est ici très bien reproduit.

Un, deux : il faut semble-t-il choisir son camp. C’est ce que rappellent les capitalistes les plus acharnés, le président de Coca-Cola qui envoie sa fille à Berlin, qui n’arrivera que si «les cocos ne font pas exploser l’avion» ou le chef de la branche Berlinoise, donc Jim MacNamara, garant d’un système qui lui garantit une ascension, à lui qui vise justement le poste de directeur général de la firme pour l’Europe, sis à Londres. Mais les «autres», intermédiaires Soviétiques en visite pour négocier un contrat auprès de Mac Namara ou policier Est-Allemands, sont semblent-ils très attachés à leur monde binaire. Nous, c’est nous, eux, c’est eux, semblent-ils dire. L’arrivée de Scarlett Hazeltine, fille du président de Coca Cola à Berlin, aurait pu signaler l’heure du rapprochement : puisqu’elle tombe amoureuse d’un jeune communiste local, et se marie illico avec lui, si Wilder n’avait décidé d’en faire une ravissante idiote, et de son fiancé un imbécile dogmatique, insupportablement surjoué par un Horst Buchölz plus mauvais que tout.

Un, deux, trois : lassée des ambitions survoltées de son mari, de ses frasques extraconjugales, de la petite guéguerre Berlino-Berlinoise et de devoir voyager au gré des changements de poste de son mari, Mrs Phyllis MacNamara a finalement réussi à échapper au rouleau compresseur de Wilder et Diamond, et émerge seule rescapée de ce jeu de massacre : elle a beau exhiber dans un premier temps un cynisme caustique et salace, elle fait montre d’une vraie souffrance le moment venu, et Arlene Francis sait doser son jeu, à l’opposé d’un James Cagney déterminé à battre le record du monde de nervosité ; par moment, on croirait voir Louis de Funès…

Tourné en plein Berlin, un Berlin en crise, et souvent truffé de gags plus énormes les uns que les autres, le film tranche bien sur avec la palette plus délicate du film précédent. Il inaugure pourtant une série de trois films qui vont sérieusement pousser le bouchon très loin, et faire exploser les limites du bon gout, de la morale, et de ce qu’on peut dire et montrer au cinéma ou pas : il y est question de sexe, bien sur, désormais omniprésent dans l’œuvre de Wilder, et on appréciera la lourdeur pensée des allusions, entre MacNmara et sa secrétaire, supposée lui donner des cours de langue, ou le moment ou celle-ci déambule en chemise : MacNamara lui dit d’aller se rhabiller, parce que ‘sa chair de poule’ se voit, faisant allusion à la pointe de ses seins! Les enfants se tiennent d’ailleurs à la page, et Wilder s’amuse de ce monde qui joue entre deux langages, ou un docteur incapable de trouver le mot « pregnant » (Enceinte) se voit seconder par des enfants (« Elle attend des chiots ») Les noms retrouvent cette tendance d’artisan de l’allusion de Wilder, qui cisèle des noms qui à chauqe fois sonnent juste, et permettent des gags en retour: Scarlett Hazeltine, jeune bourgeoise d’Atlanta, est absente ? Inévitablement, quelqu’un glisse : «She’s gone with the wind!» ; Piffl, le communiste, sonne comme un rien du tout. Et bien sur, doté d’un nom qui sonne comme une trompette, Cagney hurle, tempête, en fait des tonnes, et encore une fois, c’est bien là que le bât blesse. Ca fatigue, honnêtement… Il semble en vouloir en permanence au peuple Allemand, auquel il reproche son incorrigible rigidité militariste (Mais il est vrai que le plus inoffensif des assistants ou le plus affable des journalistes semblent cacher des Nazis invétérés), et lui aboie dessus en permanence. Des réminiscences de Ninotchka, à travers les trois commissaires soviétiques qui traitent avec MacNamara, nous font décidément regretter le coté mécanique de ce film.

Et si tout cela avait un sens ? S’il nous fallait jeter tout ce monde bipolaire au profit du je-m’en-foutisme plus humain de Mrs Hazeltine ? Tourné de part et d’autre d’un mur invisible qui ne demandait qu’à devenir concret, One, Two, Three n’oublie pas plus que A foreign Affair de nous montrer les quartiers détruits de Berlin, sa tristesse et sa nudité. Ce monde n’a que deux solutions, soit les rouges, soit Coca-Cola, il lui en faut peut-être une autre…
A propos de Coca-Cola, largement cité, sans détour, ni regret, la firme ne sort pas indemne, et son esprit de conquête, le sens du secret, la volonté d’hégémonie aussi finissent par incarner l’esprit Américain carnassier déjà souvent incarné par d’autres institutions : la presse dans Ace in the hole, Hollywood dans Sunset Boulevard, Sheldrake et sa compagnie d’assurances dans The apartment. C’est intéressant, mais le film reste malgré tout trop dominé par l’énervement systématique de sa star, et le coté mécanique qui s’ensuit, pour toucher juste. Le film suivant saura au moins se doter de personnages plus aimables.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder