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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 17:04

Le titre a beau sembler se conformer de façon directe et sans le moindre scrupule à la loi des suites et des séries, avec un parfum de roman de gare, ce film est l'un des joyaux du cinéma fantastique, et l'une des oeuvres les plus importantes du cinéma Américain des années 30: souhaité par Universal, en raison de l'engouement jamais démenti du public pour les films fantastiques, d'horreur, gothiques, d'épouvante, quelle que soit l'expression choisie, elle importe peu. Si Whale a avait dans un premier temps accueilli avec réserves la mission qui lui avait été confiée en 1931 d'adapter Frankenstein, on se souvient qu'il avait fini par y trouver son compte, notamment pour y faire du cinéma en hommage aux Allemands; et ce nouvel opus fait mentir la tradition qui veut qu'une suite soit un film moins intéressant que son modèle: Bride of Frankenstein surpasse le premier film à tous points de vue: il est meilleur, plus beau à voir encore, ne possède pas un gramme de graisse, dose avec intelligence premier et second degré, les exigences du studio et les péchés mignons du metteur en scène, répond à tous les critères du cahier des charges du public, du studio, du public, et pour une large part des acteurs qui y jouent, même si une certaine décision sera regrettée jusqu'à la fin de sa vie par un Boris Karloff qui n'acceptait qu'à contrecoeur de voir son monstre parler dans le film. Mais si Karloff est un acteur respectable, on ne peut que lui donner tort: l'humanité blessée manifestée par la créature dans ce film est d'autant plus en évidence qu'il peut exprimer sa rancoeur avec force...

 

Le film commence par un prologue qui renvoie à la création littéraire de Frankenstein, dans une célèbre soirée d'orage durant laquelle Lord Byron, Percy Shelley et mary Shelley se sont livrés à une bataille de contes, amenant à la création, par la jeune femme, de l'histoire originale. Lors d'une nouvelle soirée d'orage, les trois poêtes sont de nouveau réunis, et pressée par ses compagnons, Mary raconte la suite de son Frankenstein. Ca permet au spectateur d'assister à un efficace résumé, dans lequel on développe un peu le final du premier film; le destin de Henry Frankenstein en particulier, y est plus étendu, à un moment on le croit même mort (Prétexte à d'ironiques "He's alive!!", quand on s'aperçoit qu'il est en fait encore vivant.). surtout, on y apprend que le "monstre" est lui aussi oujours vivant, et toujours aussi en colère contre les humains; du coup, la série de meurtres violents reprend. Mais il s'enfuit, à la recherche de ce qui lui manque: un peu de tendresse... De son coté, Henry Frankenstein dégouté se jure, sous l'influence de la douce Elizabeth, de ne plus jamais se livrer à des expériences de crétaion, mais un professeur extravagant, le Dr Pretorius, vient le tenter en lui proposant de s'allier pour créer une "fiancée" au monstre...

 

Si Frankenstein (Colin Clive) s'est un peu humanisé depuis le premier film, il faut dire que la présence du maléfique Pretorius est sans doute un intéressant moyen de comparaison: il n'a aucun scrupule, et là ou Frankenstein souhaitait jouer à Dieu, Pretorius assume sans aucune honte le rôle du diable. Il ne manque pas de fantaisie, ni d'humour, et ses méthodes sont radicales: il n'hésite pas à demander à ses serviteurs de lui amener des cadavres aussi frais que possible, quitte à tuer... Le rôle est joué par ernest thesiger, un acteur qui se réfugie dans un style outré et excentrique à souhait, déja vu dans le film tourné par Whale en hommage aux films de Paul Leni, The old dark house... On peut toujours objecter que le vieil acteur est un cabotin, mais il joue tel que Whale le lui a demandé... Et il apporte, avec son double maléfique, un éclairage intéressant à ce nouvel épisode dans lequel Henry, assagi, souhaite ardemment se consacrer à son épouse et abandonner ses idées extravagantes, mais Pretorius le tente en permanence. A une vie rangée mais stérile en compagnie d'une femme, Frankenstein préfère (poussé par les circonstances quand même) l'alliance avec Pretorius, alliance féconde puisqu'ils vont créer la vie, mais une vie encore plus folle que la première fois; le sous-texte homosexuel ironique est bien sur entièrement assumé par Colin Clive, Thesiger et Whale. Le film est structuré cette fois de manière à ce que le climax soit bien la création de la fiancée (La formidable Elsa Lanchester, soit Mary Shelley du prologue...). Ainsi les images superbes du laboratoire bénéficient-elles de la montée de tension délirante établie sur toute la première heure, tout en étant aussi inoubliables que dans le premier film.

 

Mieux joué (Ou surjoué, tant l'esprit "camp" est présent sur tout le film), au rythme plus soutenu que Frankenstein alourdi par les difficultés du parlant naissant, le film va aussi plus loin dans les provocations, étant beacoup plus centré sur Pretorius... La censure renforcée l'année précédente a eu du mal avec le film, qui a d'ailleurs sonné le glas des productions Universal d'horreur jusqu'au très moyen The wolf man (1941). Souvent délirant, autoparodique (la façon dont Ernest Thesiger prend son temps pour dire ...le titre du film en voyant Elsa lanchester marcher pour la première fois!), le film a aussi engendré tout un monde, avec l'apparition de scènes fameuses, dont bien sur l'épisode de l'ermite aveugle, le seul vrai ami du "monstre"... celui-ci traverse le film avec de plus en plus de certitude de ne pas être à sa place. Il est souvent assimilé au Christ, de façon évidente: lynché par la foule, ou montré près d'un crucifix, l'une des nombreuses trangressions imposées par cet incorrigible "contrebandier" de Whale. Le film est toujours aussi beau, dans un noir et blanc fait d'obscurité et de maléfices, et il faut voir Thesiger sortir ses petites créatures, hommes et femmes de la taille d'une poupée, qui très vite montrent des vélléités d'échapper à leur créateur fou... Comme d'habitude.

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Published by François Massarelli - dans James Whale