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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 17:17

L'image d'Epinal de ce film, c'est bien sur que Ford, après avoir tant massacré d'Indiens durant sa longue et fructueuse carrière de metteur en scène, aurait tenté de racheter son âme de vieil Irlandais en produisant et réalisant ce film pro-Indien au crépuscule de sa vie... C'est réducteur, pour ne pas dire faux: d'une part, Ford a depuis les années 20 toujours considéré les peuplades d'Américains natifs comme des civilisations à part entière, même s'il a occasionnellement sacrifié à quelques clichés (le bon sauvage tout juste évangélisé dans Drums along the Mohawks, les Apaches sanguinaires de Stagecoach, qui soit dit en passant sont surtout sanguinaires hors champ, etc); il a dès 1955, à travers The Searchers, opposé deux jusqu'au boutismes, celui des Comanches d'une part, maraudeurs, violeurs et assassins vus du point de vue de John Wayne, et celui d'Ethan Edwards et des autres Blancs racistes, qui vont jusqu'à étidier les us et coutumes des Indiens afin de profaner les dépouilles mortelles... Cheyenne Autumn par ailleurs a beau prendre en effet fait et cause pour les Cheyennes et contre l'Armée, les éleveurs, les groupes Humains sous toutes leurs formes, et le gouvernement aveugle, il n'en reste pas moins un film bricolé à partir de nombreux évènements historiques compilés, dont en particulier la fameuse "trail of tears" des années 1830, lorsque le gouvernement des Etats-Unis s'est approprié des territoires entiers de nations Indiennes, en déplaçant contre leur gré les tribus vers d'autres terres. Le film est également rempli de ces tricheries de convenance dont Ford s'est fait la spécialité, et une large part de l'errance des Cheyennes qui y est décrite prend place... à Monument Valley, comme d'habitude. Enfin, le film est interprété par des acteurs d'origine Hispanique (Dolores Del rio, Sal Mineo, Gilbert Roland) et par quelques acteurs de second plan d'origine Navajo (Dont on sait qu'une tribu a accueilli solennellement Ford en son sein)... Pas de Cheyennes dans le film! je ne m'en plains pas, le cinéma, surtout classique, se satisfaisant pleinement de ces petits arrangements avec la vérité historique. Reste que le film n'est pas le mea culpa souvent décrit... juste une réactualisation liée à une atmosphère des années 60 propice à ce genre d'interogations...

 

1878: Un parti de Cheyennes attend depuis longtemps que des émissaires du gouvernement Américain les accompagnent vers de nouvelles terres, qu'ont promis au groupement de leurs tribus. Sauf que, d'un millier environ, les maladies ont fait baisser leur nombre à moins de 300. ils prennent donc la décision de partir vers leurs terres d'origine, contre l'avis du Capitaine Thomas Archer (Richard Widmark), le chef de la garnison qui les surveille, ainsi que l'avis d'une institutrice Quaker, Deborah Wright (Caroll Baker). Alors que les Indiens partent, la jeune enseignante les accompagne, alors qu'Archer part à leur poursuite. c'est le début d'un périple à travers de nombreux états, durant lequel les Cheyennes vont se diviser, et les Blancs vont globalement montrer surtout une indécrottable hostilité à leur égard...

 

En 1878, soit après Little Big Horn, la fin des guerres Indiennes est déja là. il reste surtout des escarmouches, et quelques petites échauffourées, mais l'essentiel est derrière les gouvernements. On assiste bien à une sorte de baroud d'honneur dans le film, mais il est intéressant de constater qu'à plusieurs reprises, le point de vue est bien celui des Cheyennes. Impossible en revanche de fédérer à partir de ce film une véritable conscience de l'Amérique Blanche: le gouvernement ne comprend rien, l'armée se réfugie derrière des ordres, aussi inhumains soient-ils (Ce qui débouche sur un massacre lors d'un épisode situé dans la deuxième partie du film); les cow-boys Texans rencontrés en chemin par deux Cheyennes affamés qui leur demandent à manger prennet du plaisir à en tuer, puis scalper un, avant de répandre le bruit d'une attaque imminente d'une tribu assoifée de sang; à ce titre, l'épisode situé à Dodge City tourne à la farce cruelle, avec James Stewart en Wyatt Earp obsédé par une partie de cartes inachevée: toute la ville se met à courir dans tous les sens, sans savoir vraiment quoi faire, sans qu'un seul Indien ait fait son apparition. Un soldat, le lieutenant Scott (Patrick Wayne), se laisse emporter par la vengeance contre les Indiens, au lieu de réfléchir humainement à leur condition... Les seuls à s'en tirer à bon compte sont ceux qui laissent leur conscience agir: Lorsque Archer, excédé devant le traitement réservé aux Cheyennes pour lesquels il a du respect, décide de désobéir et d'aller porter l'affair devant le ministre des affaires Indiennes (Eward G. Robinson), celui-ci lui avoue d'ailleurs ne rien comprendre à l'affaire, et décide enfin de venir sur place afin de traiter la chose comme il convient... la seule personne a avoir toujours fait ce qu'il fallait est miss Wright. elle sera une inspiration pour Archer qui en est amoureux, mais un autre personnage sera déterminant: le sergent Wichowski (Mike Mazurki), originaire de Pologne, et qui dresse un parallèle frappant entre le traitement des Polonais sous l'occupation Russe, et celui des Indiens dans l'Amérique de 1878... Toujours cette conscience immigrante de l'Amérique, si chère à ford, et qui a toujours tapé dans le mille à ce niveau. 

Le film est long, très long: c'est le plus long de son auteur, et il bénéficie du traitement emphatique des Roadshows typiques aux années 60, avec prologue et entr'acte. Il en existe des versions raccourcies, privées de la grosse comédie de Dodge City, ce qui n'enlève rien au propos du film; il est intéressant de noter qu'on y trouve quand même non seulement james Stewart (Un Wyatt Earp à contre-emploi de celui de son ami Henry Fonda dans My darling Clementine!), mais aussi Arthur Kennedy et John Carradine... Mais cet épisode est long, inutile, et un peu lourd, au regard de l'austérité de l'ensemble.

Ford, pour une fois, s'oblige (Ou a été forcé?) à utiliser le Panavision, en 70 mm, et de fait son sens de la composition n'a pas à en souffrir. Il en résulte une beauté picturale particulièrement marquée dans les épisodes situés à monument Valley, mais aussi une certaine lenteur, y compris pour un film de Ford. Mais la composition picturale, largement inspiré de toiles d'époques, et l'utilisation des décors, de la lumière, de la neige etc... Sont une fois de plus une source de plaisir Fordien. Cette nouvelle histoire d'un groupe humain en proie à une fuite en avant, participant ainsi de la getes Américaine chère à John Ford, est bien celle d'un groupe de Cheyennes, et non d'un groupe de blancs. Mais l'un des défauts majeurs du film, c'est d'avoir sans doute trop morcelé les intrigues. L'heure est, encore une fois, à une certaine dimension romanesque, et les sous-intrigues du film finissent par être trop nombreuses. Toutefois, l'une d'entre elles, celle du chef qui voit d'un mauvais oeil sa fille fricoter avec un jeune guerrier qui ne lui plait pas, ajoute une coda tragique au film, après la réconciliation d'usage... sage décision, tant on n'aurait pas compris que le film se termine sur une décision unilatérale du gouvernement Américain de traiter les peuplades indigènes avec humanisme, suivie d'effets. Ce n'aurait pas été très sage historiquement parlant...

Cheyenne autumn (John Ford, 1964)
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Published by François Massarelli - dans John Ford