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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 14:28

1908


Tous ces films sont sortis et ont été confectionnés la même année que le premier film de Griffith, The adventures of Dollie. S'il serait bien sur inutile d'attendre une mise en scène "moderne" des uns et des autres, deux au moins sont remarquables pour un certains nombre de raisons, en particulier par ce qu'ils annoncent.
Passons rapidement sur The song of the shirt, mélo ultra-classique dans lequel une jeune femme s'efforce de travailler plus afin de sauver sa soeur mourante. des plans de joyeuses fêtes organisées par la bourgeoisie, utilisés afin de contraster avec la pauvreté Dickensienne du drame principal, constituent malgré tout un avant-goût de A corner in wheat, réalisé l'année suivante, et présenté plus haut. Si la façon est encore gauche, on est déjà dans les thèmes Griffithiens.

Money mad est le moins traditionnel des trois films: le résumé donné par Patrick Brion dans sa filmographie commentée en dit long en peu de mots ("Le vol d'un sac entraîne une succession de morts violentes"). En effet, il y des morts, et ça va vite. L'inspiration est plutôt du coté du grand guignol, et le feu qui termine le film donne un aperçu de la dimension morale forcément partagée par le puritain Griffith, qui voue finalement l'argent et ceux qui y succombent aux flammes infernales. le film est surtout remarquables par son ton et sa violence, qu'on attendrait plus facilement d'un film Italien, que d'un Griffith, même si celui-ci saura occasionnellement avoir recours à des images choc, y compris dans ses classiques: il y a notamment une décapitation truquée dans Intolerance.... ce film possède aussi un avant-gout de belles choses à venir, puisqu'il nous propose un brouillon d'une scène de suspense qui sera l'un des clous de The musketeers of Pig alley, quatre ans plus tard.

L'héroïne du troisième est une jeune femme Juive dont la mère décède au début du film. Elle travaille désormais avec son père dans la boutique familiale. Le père souhaite organiser un mariage traditionnel, mais la jeune femme tombe amoureuse d'un homme qui n'est pas juif, et se marie avec lui. Le père refuse de les fréquenter, et la petite famille vit heureuse, et prospère dans leur librairie jusqu'au jour ou le jeune homme meurt; contrainte de vendre sa librairie, la jeune femme tombe malade, et sa fille va trouver son grand père dans le but de réconcilier père et fille avant a mort de cette dernière...
Romance of a Jewess étonne pour trois raisons: d'une part, bien que Griffith sort peu du studio, et utilise encore des décors approximatifs et des toiles peintes, ce mélodrame situé dans deux lieux principalement (Boutique et librairie) a en fait été tourné exactement sur le même dcor enstudio, mais agencé différemment, sous un autre angle de prise de vue: voilà comment on économisait intelligemment, sans que ça se voie trop.


 


Le deuxième point remarquable tient dans les ruptures de ton; un intermède très sennettien (Sennett est d'ailleurs l'un des acteurs qui y participent, et était à l'époque le conseiller ès-comédie de Griffith) occupe le deuxième plan, qui finit quand même avec souplesse dans le mélodrame. Voilà clairement un rappel du coté touche-à-tout de ces films Biograph, tournés par une équipe versatile et rompue pour l'instant à tous les styles de films. Griffith mettra cependant vite un frein à ce mélange, en prenant les drames et les histoires plus subtiles en charge, laissant la comédie à Mack Sennett.

Enfin, dans ce film plutôt délicat dans son traitement "ethnique", le titre ne trouvant aucun écho dans le déroulement de l'action, on notera une série de plans assez naturalistes qui non seulement tranchent sur le coté factice des décors cités plus haut, mais constituent aussi un avant-goût de plans similaires des rues populeuses de New York dans The musketeers of Pig Alley en 1912. Ces plans pourtant tournés en studio sont remarquables par le naturel qui se dégage de l'amoncellement de figurants..
Donc si le cinéma de Griffith balbutie encore en 1908, la construction d'une oeuvre solide et fascinante a vraiment déjà commencé.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith