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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 12:09

Après l'énorme succès de son film précédent, on aurait pu croire que Leone n'aurait aucun problème à faire avancer le moindre projet, et pourtant sa grande idée, un film qui serait l'aboutissement de sa propre fascination pour l'Amérique, ne parvenait pas à se faire. Au lieu de cela, il a donc produit ce film, au titre Français qui semble faussement se situer entre deux autres films en "il était une fois" mais dont la multiplicité des titres existants est un symptôme de la confusion qui régnait alors: Le titre Italien, qui signifie baisse la tête, a été traduit à l'insistance de Leone en Duck, you sucker! (Baisse toi, abruti... ou quelque chose d'approchant), le réalisateur peu rompu à l'Anglais étant persuadé que c'était une expression courante; sinon, les distributeurs Européens ont préféré jouer sur le familier, et les Anglais ont privilégié A fistful of dynamite, pour faire écho aux deux premiers westerns, alors que d'autres ont opté pour Il était une fois la révolution, afin de rappeler l'illustre carton de 1968.

Si Leone avait une préférence pour Duck, you sucker, c'est tout simplement parce que c'était le titre qui renvoyait le plus à sa vision du film. Celui-ci ayant une fois de plus été distribué dans des versions complètement différentes d'un pays à l'autre, c'est un autre symptôme de foutoir généralisé, et on va essayer d'y voir clair à la lumière de la restauration actuellement disponible qui est, comme d'habitude, controversée: chaque fan du film a sa vision des choses, donc vous voyez le problème... Comme en prime on en trouve également parmi les plus fanatiques qui osent soutenir que la seule version qu'ils verront jamais sera doublée en français (Et puis quoi encore?)...

Au Mexique, en 1913, les forces gouvernementales doivent affronter une révolte populaire, dont Juan Miranda, un paysan bandit, entend bien profiter: il a des vues sur la banque de Mesa Verde, mais ne dispose pas de la puissance de feu nécessaire. parallèlement, un mercenaire Irlandais, dynamiteur professionnel et ancien de l'IRA, croise son chemin. les deux hommes vont faire alliance, l'un mu par l'appât du gain, l'autre par l'amour de la dynamite.

On le voit, le film est un paradoxe: alors qu'il propose une relation très claire et établie entre deux hommes qui vont finalement assez peu se quitter, il est aussi construit de façon plus lâche que précédemment, le film souffrant en particulier de nombreuses coupes, qui créent des sautes dans la continuité. Un autre problème vient du fait que de nombreux pays, notamment les Etats-Unis, ont cru bon de couper le film afin d'en atténuer ce qu'ils croyaient être un militantisme pro-révolutionnaire (Très à la mode, bien entendu), alors que le propos de Leone était d'affirmer les valeurs de l'amitié, de la famille et de l'humanité, tout en montrant une révolution lambda, dans sa force destructrice. la révolution à laquelle John Mallory (James Coburn) et Juan Miranda (Rod Steiger) prêtent main forte étant un chaos généralisé, aussi peu attirant  que ne l'était l'étrange guerre civile dans Le bon, la brute et le truand.

Le film repose comme toujours avec Leone sur la présence de fantômes personnels (Rappel du traumatisme de Gian Maria Volonte, dans For a few dollars more, de Harmonica dans Once upon a time in the west): ici, c'est John qui en bénéficie, puisqu'il est hanté par le souvenir de son meilleur ami Sean (...Sean, Sean, Sean, dirait Ennio Morricone), dont il est responsable de l'arrestation, mais aussi de la mort. Ce thème trouve un écho dans le personnage d'un héros de la révolution, qui a commis lui aussi un acte de traîtrise, mais que John se refuse à juger. Un autre thème est apporté par la première scène du film, dans laquelle Juan se rend maître d'une diligence dans laquelle des bourgeois, prêtres et dames de la haute société devisent sur les sous-hommes que sont les paysans. Juan aura sa revanche sur eux, permettant une lecture très féroce d'une lutte des classes dans laquelle l'heure des pauvres est enfin venue, dans une scène de comédie qui d'ailleurs inaugure une première heure de film dominée par un ton assez léger. Mais cette atmosphère vire vite au noir, et le film ressemble vite au crépuscule d'un héros, qui rejoint les anti-héros du film précédent au panthéon des héros d'occasion, les combattants de passage qui vont, par leur implication personnelle (Traumatisme, vengeance, mission confiée par un tiers en échange d'argent) faire plus facilement progresser les choses que les authentiques grands hommes: voir à ce sujet le sort réservé par Leone à Villega, le docteur responsable de la lutte dans le film.

Je confesse une irritation irrémédiable devant la manie fellinienne de la post-synchronisation systématique des films Italiens, dont souffre selon moi ce film. C'est irritant, et le fait est que le film a été doublé de façon insupportable en Anglais, tout comme dans toute autre langue, n'arrange pas les choses. On est malgré tout bien obligé d'en passer par là puisque l'Anglais reste malgré tout la langue de référence comme sur les autres films de la série. Un regret mineur, pour un film attachant, aussi généreux que ses deux personnages sont, finalement, bien humains. Une ode à des valeurs simples, telles que l'amitié, la famille (la scène durant laquelle Juan découvre sa famille massacrée le fait changer, lui donne paradoxalement une raison inattendue de s'impliquer), mais aussi aux joies simples: la découverte du plaisir de massacrer des soldats par Juan, qui a pris la leçon de John, et qui culmine symboliquement dans sa reprise de la formule préférée du dynamiteur en chef: "Duck, you sucker!".

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone