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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 09:38

On note dès le titre qu'il n'ya pas "trois points", après If, mais bien quatre. Anderson y tenait particulièrement, disait-il. Une façon de s'approprier un peu plus un film dont le projet a été conçu cinq ans avant qu'il n'en aie connaissance, et dont le titre a été finalement difficile à trouver. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est entré dans l'histoire de façon spectaculaire, et n'est pas près d'en sortir! Cette histoire de pensionnaires d'une public school (Un pensionnat, en fait privé, très traditionnel en Grande-Bretagne), qui se pose en chronique des vexations, brutalités et transgressions de quelques élèves de 18 ans renvoie d'une part à la tradition poétique des histoires d'école, faisant de ce film un cousin pas si éloigné de Zéro de Conduite, et d'autre part à une métaphore bien dans son temps de l'esprit de changement.

Le final du film, allégorique, est célèbre pour ses images de tuerie méthodique et défoulatoire, orchestrée par trois élèves; qu'on le dise tout de suite: en aucun cas la violence absolue de ces images n'est un avertissement ou une incitation, Anderson n'est ni un politicien, ni un prophète, et lier le geste de transgression de Mick Travis (Malcolm McDowell) et de ses acolytes à des tueries comme celles de Columbine me semble aujourd'hui stérile. If.... n'est pas Elephant de Gus Van Sant (un autre grand film par ailleurs), et sa tuerie est un symbole de la frustration des élèves. If...., le titre, est une hypothèse, pas un manifeste. Du reste, contemporain exact de Mai 68, du printemps de Prague, le film se pose en trublion, à la fois anarchiste et soigné, d'ou l'inévitable selon moi, comparaison avec un autre cinémanarchiste, Jean Vigo.

 

If.... partage avec son illustre ancètre une structure à la fois chronologique et anecdotique, le réalisme et l'esprit satirique se voyant égalament dans les deux films compléter par une solide dose de surréalisme. On notera une scène qui anticipe sans aucune retenue sur Monty Python: lors d'un exercice militaire, les trois héros ont froidement descendu le chapelain de l'école, et sont réprimandés par le directeur, qui soudain sort le chapelain d'un tiroir afin qu'on lui demande pardon! Dans les deux films, les pulsions sexuelles des adultes (Le chapelain tripote sans vergogne un des enfants les plus fragiles, quand dans Zéro de conduite le directeur se livrait à des commentaires douteux sur le coté féminin du plus fragile des élèves) sont représentées avec méchanceté, là ou les enfants et élèves plus murs ont droit à une clémence inattendue: là ou les "préfets" considèrent la chasse aux petits enfants comme une sorte de privilège, deux des élèves filent le parfait amour. cela renvoie à un autre couple, chez Vigo, qui bénéficie (En 1933!) de l'indulgence et de la tendresse du metteur en scène. McDowell incarne lui aussi ces désirs, dans la fameuse scène du café, ou un fantsame le réprésente dans une bagarre-ébats, nu avec une fille par terre... L'esprit de révolte est aussi bien représenté dans ce film, comme chez Vigo, par les exactions des élèves. On a comme dans Zéro de conduite l'impression parfois d'assister aux tribulations de vrais élèves d'une vraie école, et parfois, cela va avec la saleté de rigueur...

 

Parlons des préfets: ces élèves chargés de maintenir l'ordre comme bon leur semble, et qui se repaissent de leur privilège, sont une des particularité du système des "public schools". L'idée est de développer l'esprit de leadership chez les futurs meneurs de la nation... Cela donne lieu à des vexations, humiliations, brutalités qui sont au coeur du film. c'est aussi une différence essentielle avec le film de vigo qui semblait dire, avec le personnage du pion lunaire incarné par Dasté, que même dans cet univers, il y avait du bon à prendre parmi les adultes. Ici, des préfets (Tous choisis parmi les plus vieux des élèves) au directeur qui utilise son indulgence comme une pose démagogique, des professeurs cassants au chapelain tripoteur, les adultes sont tous des garants de la bonne tenue de la nation, de l'establishment. Les préfets et les adultes ici établissent un lien avec le monde extérieur, puisque le film ne parle pas que de l'école, ça va de soi. comme la "public school" qui prépare l'élève à assumer sa place dans la société, qu'il soit leader ou troufion, le film assimile donc l'école à un champ de bataille (Littéral), d'une façon que reprendront les Monty Python, d'ailleurs, dans The meaning of life, une sorte de préparation à la vie dans laquelle déja les faibles se font écraser.

 

La structure si bien rangée du film est contredite par le passage arbitraire de la couleur au noir et blanc, et par des audaces formelles parfaitement intégrées: Anderson maintient le spectacteur dans un abominable suspense par exemple dans une scène de châtiment, en restant sept minutes à l'extérieur d'une  salle dans laquelle des élèves se font fouetter, avec lceux qui attendent leur tour. la bande-son nous renseigne bien sur sur ce qu'il se passe, et lorsqu'on entre enfin, on va au supplice en même temps que McDowell. Les scènes d'exercice militaire, de batailles et finalemnt de tuerie, sont représentées aussi frontalement que possible.

 

Un classique, donc, que ce deuxième long métrage d'un électron libre du cinéma Britannique, un homme généreux et contradictoire, sorte d'anarchiste conservateur, qui a su doser parfaitement la colère et l'esprit frondeur, dans un film qui est une claque! d'autant plus forte qu'elle est parfaitement appliquée. Le passage par ce film est indispensable!

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Published by François Massarelli - dans Lindsay Anderson